À quoi sert la prière, quand nous prions depuis des années sans nous sentir exaucés ? Dans l’émission Sanctuaires normands, diffusée sur RCF Orne-Calvados-Manche, le père Charles Lenoir, chapelain au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, répond à cette question avec des images concrètes. Il rappelle que la prière commence par une relation aimante et qu’elle se construit dans le temps, malgré les distractions. Enfin, il indique comment prier quand le doute s’installe et pourquoi prier les uns pour les autres, vivants ou défunts.
« La prière ne sert pas à instruire Dieu, elle sert à construire l’homme. »
La prière,une relation aimante avec Dieu
« La prière, c’est une relation avec Dieu. »
Voilà le point de départ. Je prends l’exemple de deux fiancés : « ils cherchent tous les moyens pour être ensemble le plus souvent possible ». Ainsi, la prière cherche « tous les moments pour être ensemble avec Dieu ». Elle se reçoit comme « une relation aimante ».
Et alors, en termes plus pratiques, à quoi ça sert de prier ? Saint Augustin avait cette phrase : « La prière ne sert pas à instruire Dieu, elle sert à construire l’homme. » Par conséquent, la prière ne consiste pas d’abord à « instruire Dieu ». Elle nous construit, en nous habituant « à être en relation avec Dieu ». De plus, si Dieu sait déjà tout, pourquoi le prier ? Justement parce que la prière « n’a pas comme but d’instruire Dieu » ; « elle a comme but de construire l’homme ». Autrement dit, elle nous installe dans une relation filiale, jour après jour, et elle nous apprend à demeurer avec Dieu, même quand nous ne voyons pas immédiatement de résultat.
Quand je doute, comment prier ?
Exergue : « La prière, c’est un exercice d’amour… la prière, elle consiste à se donner. »
D’abord, je me rappelle ceci : « la prière, c’est un exercice d’amour » et elle « consiste à se donner ». Je donne « mon temps, mon corps, mon esprit et mon cœur ». Je commence par le temps : « quand on donne du temps à quelqu’un, on lui dit implicitement qu’il a de la valeur ». Voilà pourquoi « la première condition pour prier, c’est de décider un moment ». Ensuite, j’accepte une règle concrète : « il faut un agenda pour prier. »
« Voilà, il faut un agenda pour prier. Je prends un rendez vous avec le Seigneur à telle heure, et puis je prévois combien de temps je lui donne ? Un quart d’heure, une demi-heure, peu importe, et je tiens jusqu’au bout. »
Quels mots utiliser quand nous ne savons pas prier ? Je commence par rester. Un jour, à l’hôpital, une personne m’a dit : « Non, s’il vous plaît, restez. Votre présence me fait du bien. » Je suis resté. « Eh bien, c’est la même chose pour Dieu. » Jésus est sensible à l’amitié ; la prière lui fait du bien.
De plus, je cherche une forme qui m’aide : « il y a autant de formes de prière qu’il y a de personnes qui prient ». Cela peut être « la prière silencieuse de se tenir là », « une prière répétitive comme le chapelet », ou « la contemplation de la nature ». Enfin, je ne me scandalise pas des distractions. Même si je suis distrait, « mon corps, lui, ne bouge pas ». Et si je reviens sans cesse, c’est déjà une prière.
« Si on a été distrait 100 fois et qu’on est revenu 100 fois, notre prière est bien faite. »
À qui je m’adresse quand je prie ?
Fondamentalement, « la prière chrétienne, elle s’adresse à Dieu le Père par Jésus Christ dans l’unité du Saint-Esprit ». Ces formules peuvent sembler compliquées. Pourtant, elles décrivent une réalité simple : « la vie chrétienne consiste à vivre une relation filiale avec notre Père des Cieux, selon le modèle et même la vie que nous a donnée Jésus », « et avec l’Esprit-Saint qui est comme le souffle ».
Pour éclairer cela, je prends une image : quelqu’un qui joue de la trompette. « L’auditeur, c’est le Père, la trompette, c’est le Fils. » Et ce qui met tout en mouvement, c’est le souffle : l’Esprit Saint. Ainsi, la prière se tient dans une relation vivante. Elle ne se réduit pas à une formule. Elle engage une présence, une écoute, une confiance.
Quand Dieu semble ne pas répondre
Pourquoi la prière semble-t-elle parfois rester sans réponse ? Parfois, nous prions beaucoup et nous avons l’impression « qu’il ne nous exauce pas ». Je me souviens d’une remarque reçue d’un ancien père abbé : « Moi, quand je prie la Sainte Vierge et qu’elle ne répond pas, ça veut juste dire qu’elle est en train de préparer le café au lait. » Cette image dit une chose : le silence n’est pas forcément l’absence.
La prière change-t-elle la réalité, ou seulement celui qui prie ? « À partir du moment où vous vous changez vous-même, vous allez nécessairement changer la réalité. » Pourquoi ? Parce que la prière fait vivre « une relation filiale avec notre Père des Cieux ». Et cela change la manière d’habiter le quotidien. « Si mon papa, c’est le Dieu tout puissant », alors « ça nous donne une assurance, une confiance vis-à-vis de toutes les réalités quotidiennes ». Par conséquent, la prière ne supprime pas mécaniquement les épreuves. Cependant, elle transforme une manière de traverser ce qui arrive. Elle apprend une confiance, et cette confiance agit.
Écouter Dieu dans l’Évangile
La prière prend aussi la forme d’une écoute. « Quand je lis l’Évangile, en fait j’écoute, j’écoute Dieu qui me parle par sa parole. Donc c’est déjà une relation. » La lecture de la Parole devient alors un lieu concret : « c’est plus Dieu qui me parle ». Ensuite, je peux « ruminer ces passages », et « repérer ce qui me parle, ce qui résonne fort ». Cela signifie que c’est « ce que le Seigneur veut me faire comprendre aujourd’hui ».
Et à quoi ça sert, réellement ? Je reviens à une vocation : « nous avons été créés pour devenir enfants de Dieu ». « C’est le but de Dieu. » Par conséquent, « la prière, c’est la manière la plus concrète de rentrer en relation ».
Je garde une image très simple : une mère et son nouveau-né. Petit à petit, elle lui apprend à parler, parce que la parole ouvre la relation. De même, la prière apprend une relation filiale. Elle apprend à parler à Dieu. Elle apprend aussi à l’écouter.
Prier dans la communion des saints
Prier pour les autres, vivants ou défunts, a-t-il un sens ? Oui, « parce que on ne vit pas seul ». Dieu nous a créés « à l’intérieur d’une immense famille », « l’humanité, l’Église et tout ça ». De plus, « on est tous interdépendants ». Par conséquent, je ne peux pas vivre comme si j’étais seul au monde. « Il y a des gens qui prient pour moi, qui m’aident et moi aussi je prie pour eux. Voilà ce qu’on appelle, en termes très chrétiens, la communion des saints. »
En somme, à quoi sert la prière ? Elle sert d’abord à entrer et à demeurer dans une relation aimante avec Dieu, sans la réduire à une liste de demandes. Elle apprend aussi à se donner concrètement : prendre un moment, tenir un rendez-vous, offrir du temps, et revenir quand l’esprit s’éparpille, sans se décourager. De plus, la prière se reçoit dans une dynamique chrétienne précise : s’adresser au Père, par le Fils, dans l’Esprit, comme une relation filiale qui se construit dans la durée. Même lorsque la réponse semble tarder, la prière n’est pas inutile : elle transforme celui qui prie, et ce changement rejaillit sur la manière d’habiter le réel, avec davantage de confiance. Enfin, elle inclut l’écoute : lire l’Évangile, c’est déjà entrer en relation, parce que Dieu parle par sa Parole et qu’elle éclaire ce qu’il veut faire comprendre aujourd’hui. Ainsi, la prière devient un chemin simple et tenace : venir, rester, écouter, puis revenir.




