L’Église catholique affirme Ă temps et Ă contretemps l’existence d’une Ă©tape de purification avant l’entrĂ©e dans la joie du ciel, appelĂ©e purgatoire. Beaucoup en doutent, pourtant les hommes ont toujours ressenti la nĂ©cessitĂ© de prier pour les morts. Depuis quand cette vĂ©ritĂ© de foi a-t-elle Ă©tĂ© instituĂ©e ? Pourquoi le purgatoire est-il une bonne nouvelle ? On ira tous au purgatoire ?
« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitiĂ© de Dieu mais imparfaitement purifiĂ©s, bien qu’assurĂ©s de leur salut Ă©ternel souffrent après leur mort une purification afin d’obtenir la saintetĂ© nĂ©cessaire pour entrer dans la joie du ciel. » CatĂ©chisme de l’Église catholique, n°1030.
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« Le jugement concerne donc le salut que nous espérons et que Jésus nous a obtenu par sa mort et sa résurrection. Il est donc destiné à nous ouvrir à la rencontre ultime avec Lui. Et puisque, dans ce contexte, on ne peut pas penser que le mal commis reste caché, celui-ci a besoin d’être purifié pour permettre le passage définitif dans l’amour de Dieu. En ce sens, on comprend la nécessité de prier pour ceux qui ont achevé leur parcours terrestre, la solidarité dans l’intercession priante qui puise son efficacité dans la communion des saints, dans le lien commun qui nous unit dans le Christ, premier-né de la création. Ainsi, l’Indulgence jubilaire, en vertu de la prière, est destinée de manière spéciale à ceux qui nous ont précédés afin qu’ils obtiennent la pleine miséricorde. »
Le purgatoire mis en doute
L’histoire du purgatoire n’est pas un long fleuve tranquille. Certains historiens disent qu’il a disparu depuis le XXe siècle. D’autres soutiennent qu’il a été inventé au Moyen-Âge. D’autres nient sa nécessité car Dieu n’en a pas besoin pour nous transformer. Ils citent l’exemple du bon larron, l’un des deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus, qui est entré au ciel immédiatement après la mort. Ce criminel a reconnu que son châtiment était juste, il a eu un vrai regret de ses péchés par amour de Dieu et a été transformé en un seul instant par l’Esprit Saint. Le purgatoire n’est donc pas une nécessité absolue. Pour cette raison, certains ont du mal à le reconnaître.
D’autre part, pour le protestantisme la grâce ne nous transforme pas de l’intérieur mais elle nous recouvre, et c’est Jésus qui est jugé à notre place. Dans ces conditions, il n’y a pas besoin de purification et nous serons sauvés quoi qu’il arrive. Chez les chrétiens orthodoxes, le mot purgatoire n’est pas utilisé mais ils prient pour les défunts et offrent la messe pour les morts.
Le purgatoire a mauvaise presse en Occident et particulièrement en France. Peut-ĂŞtre est-ce dĂ» au spiritisme et au romantisme du XIXe siècle. Cependant, partout ailleurs dans le monde, les catholiques continuent volontiers de croire Ă la prière pour les âmes du purgatoire, particulièrement en Afrique, en Asie et aussi en AmĂ©rique. Les hommes ont toujours priĂ© pour les dĂ©funts, comme s’ils avaient l’intuition profonde qu’ils pouvaient encore faire quelque chose pour les morts. L’Église a toujours priĂ© pour les morts et chaque jour, nous prions Ă la messe pour les dĂ©funts.
Depuis quand le purgatoire a-t-il été institué ?
Le purgatoire a Ă©tĂ© formalisĂ© dans la thĂ©ologie de l’Église au concile de Florence en 1439. Mais la vĂ©ritĂ© que suppose ce terme a toujours Ă©tĂ© crue dès l’antiquitĂ© chrĂ©tienne. Le 2e livre des Martyrs d’IsraĂ«l rĂ©vèle en effet que les Juifs eux-mĂŞmes, trois siècles avant le Christ, priaient pour les dĂ©funts parce qu’ils croyaient Ă la rĂ©surrection de la chair et au pardon des pĂ©chĂ©s après la mort.
La parole de Dieu nous en donne aussi des preuves. Ainsi, saint Paul nous rappelle que : « La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ. Que l’on construise sur la pierre de fondation avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ou avec du bois, du foin ou du chaume, l’ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière. En effet, le jour du jugement le manifestera, car cette révélation se fera par le feu, et c’est le feu qui permettra d’apprécier la qualité de l’ouvrage de chacun. Si quelqu’un a construit un ouvrage qui résiste, il recevra un salaire ; si l’ouvrage est entièrement brûlé, il en subira le préjudice. Lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu » (1 Co 11-15) . L’Apôtre montre ainsi l’existence d’un salut « comme à travers le feu. »
Nous trouvons aussi dans l’évangile des traces implicites du purgatoire, par exemple quand JĂ©sus dit que : « le pĂ©chĂ© contre l’Esprit-Saint ne sera remis ni dans ce siècle, ni dans l’autre. » Cela signifie qu’il y a une possibilitĂ© d’avoir une rĂ©mission des pĂ©chĂ©s par-delĂ mort.
« Le purgatoire,
Saint curé d’Ars
c’est l’infirmerie du Bon Dieu. »
Le purgatoire est une bonne nouvelle
Le purgatoire est une bonne nouvelle puisque, pendant ce temps de misĂ©ricorde, l’amour de Dieu nous prĂ©pare, nous transforme et nous purifie des sĂ©quelles qui sont liĂ©es Ă nos pĂ©chĂ©s. C’est comme une cure de dĂ©sintoxication qui nous libère de tous nos mauvais attachements pour nous permettre d’aimer pleinement et d’être capables de recevoir l’amour de Dieu dans la gloire.
Le purgatoire est aussi une bonne nouvelle, parce que la justice se rĂ©alise, c’est-Ă -dire que l’ordre que j’ai blessĂ© par mon pĂ©chĂ© est rĂ©tabli. Cela ne se fait pas de manière extĂ©rieure Ă moi, mais en moi, en me transformant et en me purifiant.
Les âmes du purgatoire Ă©prouvent donc Ă la fois une joie immense : joie de se savoir sauvĂ©es car elles savent qu’elles vont goĂ»ter Ă la joie du ciel ; joie d’être dĂ©jĂ dans l’amour de Dieu et dans la grâce, joie d’appartenir dĂ©jĂ Ă la communion de l’Église. Et puis il y a aussi une souffrance, celle de ne pas goĂ»ter encore la joie du ciel. C’est un peu ici-bas comme une fiancĂ©e qui guette avec impatience le retour de son fiancĂ© après une longue sĂ©paration. Elle peut plus ou moins bien meubler son temps, avec telle ou telle activitĂ©, un livre ou un smartphone… Rien de tout cela en purgatoire, mais le dĂ©sir de plus en plus brĂ»lant de la fin de la convalescence.
En purgatoire il n’y a rien d’autre Ă faire qu’attendre. Les grands mystiques comme sainte Catherine de GĂŞnes le soulignent : c’est une joie immense et une souffrance immense, telle qu’on n’en connaĂ®t pas ici-bas.
Le purgatoire est-il un lieu ou un état ?
Le purgatoire est-il un lieu ou un Ă©tat ? Ce n’est pas un lieu car après la mort, l’âme est sĂ©parĂ©e du corps et le lieu est une propriĂ©tĂ© des corps physiques. Il est d’abord un Ă©tat de transformation pendant lequel le temps n’est pas le temps cosmologique tel qu’on le connaĂ®t ici-bas, mais un temps psychologique. Nous le sentons bien : dans nos maturations et dans nos croissances, le temps n’est pas le mĂŞme et il est propre Ă chacun.
Mais avant tout, le purgatoire est une relation, car la foi chrĂ©tienne voit tout comme une relation Ă l’amour et Ă celui qui est l’Amour : le Christ. Dans cette optique, le refus du Christ, c’est l’enfer et l’ouverture totale Ă l’amour du Christ, c’est le ciel. Dans cet amour, il peut rester des choses dont nous devons ĂŞtre purifiĂ©s pour ĂŞtre pleinement au Christ, c’est le purgatoire. Donc le purgatoire, c’est la relation au Christ comme relation Ă la fois d’amour, de justice et de misĂ©ricorde, c’est une relation purifiante.

On ira tous au purgatoire ?
Le purgatoire peut se vivre déjà ici-bas par exemple quand on est malade ou dans l’épreuve, à condition d’accepter de s’abandonner, de se livrer à l’amour et non pas de s’arcbouter et de refuser l’amour du Christ. Des purifications peuvent déjà se vivre ici-bas et, pour ceux qui en auront besoin, le purgatoire permettra après la mort de parachever ce travail d’ouverture à l’amour de Dieu.Le purgatoire n’est pas une étape obligée et sainte Thérèse nous dit qu’il faut désirer aller au ciel. Mais c’est un cadeau de Dieu pour nous permettre d’accéder à lui. Il pourrait bien sûr nous faire accéder directement au ciel sans passer par le purgatoire et c’est le cas pour certains. Mais pour une bonne partie d’entre nous, nous aurons le désir de satisfaire la justice de Dieu après la mort. C’est l’âme elle-même, écrit sainte Catherine de Gênes dans son Traité du purgatoire qui, ne se sentant pas prête, choisit d’elle-même d’être purifiée avant de communier à l’amour.
Le purgatoire, un temps pour apprendre l’amour
Le purgatoire est un temps pour apprendre l’amour, un temps pour se dĂ©tacher de soi et se tourner vers Dieu.
Confier un défunt à la prière de la Fraternité de Montligeon
Peut-on aider les défunts ?
S’ils sont au Ciel, ce sont eux qui prient pour nous ; s’ils sont en enfer, ils refusent notre amour et donc notre prière ne sert Ă rien. En revanche s’ils sont dans cette Ă©tape de purification qu’est le purgatoire, notre prière a du sens. Les vivants peuvent toujours faire quelque chose pour leurs dĂ©funts : ce n’est jamais trop tard et jamais inutile. Par nos prières, nos jeĂ»nes, nos aumĂ´nes, nos mercis, nos pardons demandĂ©s et offerts, nous pouvons les aider dans leur Ă©tape de purification.
Nos prières et nos intercessions, si pauvres soient-elles, les aident beaucoup dans cette étape comme l’attestent les témoignages de sainte Thérèse d’Avila, de sainte Faustine ou de saint Pio de Pietrelcina (Padre Pio). De leur côté, les âmes du purgatoire ne sont pas ingrates : « La pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45) ” (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur ». Catéchisme de l’Église catholique n°958.
Certaines personnes pensent qu’elles ne peuvent plus demander pardon, ni remercier leurs dĂ©funts. Mais ce n’est pas trop tard car, dans la communion des saints, en remettant ceux que nous aimons au Seigneur par l’intercession de la Vierge Marie, nous pouvons toujours faire du bien Ă nos dĂ©funts.
« Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie. » Saint Dominique, mourant, à ses frères, Jourdain de Saxe, lib. 93. Cité par le Catéchisme de l’Eglise catholique, n°956.
Saint Augustin raconte la mort de sa mère Monique et ses dernières paroles : « Puis, nous voyant accablés de tristesse, elle dit : « Vous enterrerez ici votre mère. » Je me taisais en retenant mes larmes. Quant à mon frère, il lui dit quelques mots : qu’elle ne devait pas souhaiter mourir à l’étranger mais, comme un sort plus heureux, dans sa patrie. En l’entendant, ma mère eut le visage anxieux et lui jeta un regard de reproche pour avoir eu cette pensée. Puis elle me regarda : « Vois ce qu’il dit. » Et, s’adressant à nous deux : « Enterrez mon corps n’importe où ; que cela ne vous donne aucun souci. Je vous demande seulement de vous souvenir de moi à l’autel du Seigneur, partout où vous serez ». Lorsqu’elle eut prononcé cette phrase en cherchant ses mots, elle garda le silence, car la maladie s’aggravait et la faisait souffrir. » Saint Augustin, Confessions, BA 14 IX, XI, 27.
Les chroniques du purgatoire
Les chroniques du purgatoire #7
2024-03-21 Don Paul Denizot, Guillaume Desanges
Les chroniques du purgatoire #6
2024-03-21 Don Paul Denizot, Guillaume Desanges
Les chroniques du purgatoire #5
2024-03-21 Don Paul Denizot, Guillaume Desanges
Les chroniques du purgatoire #4
2024-03-21 Don Paul Denizot, Guillaume Desanges
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Les chroniques du purgatoire #1
2024-03-21 Don Paul Denizot, Guillaume Desanges
Chemin d’Ă©ternitĂ©, la revue du sanctuaire !

Le purgatoire
Octobre/novembre/dĂ©cembre 2024 – n° 321
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Le purgatoire, purifiĂ©s dans l’amour
Le purgatoire dĂ©voilĂ© – don Paul Denizot, auteur de « Le purgatoire dans tous ses Ă©tats »
TĂ©moignage : « On ne peut pas laisser souffrir les âmes du purgatoire ! «Â
Le purgatoire est-il obligatoire ?
Que penser des rĂ©vĂ©lations privĂ©es ? – Don StĂ©phane PĂ©lissier
Elle prie avec son violon – Rencontre avec Marie-HĂ©lène Vivanco

