Conférence d’entrée en Semaine sainte donnée par soeur Cécile, prieure de la communauté de la Nouvelle Alliance le samedi 28 mars 2026 à l’Église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux dans le cadre de la journée Montligeon à Paris.
Demain, nous entrons dans cette grande Semaine sainte qui va nous conduire au point culminant de l’année liturgique : la célébration du mystère pascal, la mort et la résurrection du Christ.
La liturgie se répète d’année en année, pas seulement pour se souvenir d’un fait du passé comme d’une pièce de théâtre dramatique qu’on aimerait rejouer ou regarder tous les ans…, mais comme un événement toujours présent qui impacte notre aujourd’hui et notre éternité. La liturgie, c’est « l’aujourd’hui » de l’histoire du salut.
« Il m’a aimé et s’est livré pour moi », écrit Paul dans sa lettre aux Galates (Ga 2, 20).
Paul, retourné par sa rencontre fulminante avec le Christ sur le chemin de Damas, a bien compris que c’est pour lui que Jésus a donné sa vie et que son salut est le fruit de l’amour du Christ pour lui. C’est intéressant de se rappeler que les écrits de Paul sont antérieurs aux Évangiles. C’est donc un texte très ancien, écrit env. 20 ans après la mort de Jésus. Les Évangiles synoptiques, à l’époque, ne sont pas encore écrits quand Paul écrit, mais les récits de la Passion circulent déjà dans la première communauté chrétienne et sont insérés dans les références constamment. La mort et la résurrection du Christ sont l’élément central de son message, et il est clair pour lui que le Christ a donné sa vie par amour pour lui, Paul, et pour chaque homme.
Exple : 1 Co 1, 17 : « Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. »
En Ro 5, 8 : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. »
Eph 5, 1-2 : « Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.
02 Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu, comme un parfum d’agréable odeur. »
Ce que Paul dit, chacun peut le dire : « Le Christ m’a aimé et s’est livré pour moi. »
Il professe donc que la mort du Christ est une œuvre d’amour dont il se sait personnellement bénéficiaire.
1 L’Heure de sa Passion, l’heure du plus grand amour
Toute la vie de Jésus est orientée vers l’Heure de sa Passion, l’heure du plus grand amour.
Dans l’Évangile, et plus particulièrement chez saint Jean, la notion de « l’Heure » est centrale. Elle désigne le point culminant de la mission de Jésus : sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.
Au début de son ministère, aux noces de Cana, Jésus souligne que le moment de sa manifestation glorieuse n’est pas encore arrivé. Cf. Les noces de Cana (Jean 2, 4) : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Marie va en quelque sorte anticiper qqch de cette Heure en obtenant de Jésus son premier miracle, qui profile déjà une annonce de la Croix. Le bon vin de Cana, gardé pour la fin du repas, annonce le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qu’il versera sur la Croix. L’Heure de sa mort sera l’Heure de la Nouvelle Alliance scellée en son sang. Les Pères de l’Église et toute la tradition de l’Église y voient Jésus comme époux de l’humanité : Cana préfigure l’Eucharistie, qui rend présent le sacrifice de la Croix. Le vin de Cana annonce le vin de la Nouvelle Alliance : le sang du Christ versé pour la multitude.
Mystère de noces, mystère d’amour déjà annoncé dans les noces de Cana, même si son Heure n’est pas encore arrivée.
Puis vient une nouvelle étape dans l’Évangile de Jean, où son heure approche.
Juste après son entrée triomphale à Jérusalem (les Rameaux), des Grecs (donc non-Juifs) veulent le voir. C’est le signal déclencheur de son Heure qui approche (cf. Jn 12, 23 et suivants).
20 Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
21 Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
22 Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
23 Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.
24 Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
25 Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
26 Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.
27 Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
28 Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
Le grain de blé (Jean 12, 23-24) : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Le trouble de l’âme (Jean 12, 27) :
« Maintenant, mon âme est troublée. Et que dirai-je ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? Mais c’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci. Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
4 jours plus tard, le jeudi soir, l’heure est arrivée. Au moment du dernier repas, l’Heure est désormais là. C’est le moment où, dans l’intimité de ce repas avec les Douze, il fait le don total de sa vie sous la forme du pain et du vin consacrés, et Jean fait bien ressortir l’intensité d’amour qu’il y a dans le cœur de Jésus, malgré le climat tendu et dramatique de ce dernier repas.
Le lavement des pieds (Jean 13, 1) :
« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père […], les aima jusqu’au bout. »
Chap. 15 et 16 de saint Jean : fort en intimité.
Jn 15, 12 : « Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. »
On a ensuite la Prière sacerdotale (Jean 17, 1) : c’est le sommet spirituel où Jésus s’adresse directement à Dieu :
« Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. » Et, dans cette longue prière, on perçoit l’amour du Christ pour ceux que le Père lui a donnés.
Jn 17, 13 : « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »
Jn 17, 23 : « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »
Saint Jean affirmera dans une de ses lettres : « Voici comment nous avons reconnu l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. »
Et saint Luc rapporte cette parole de Jésus : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Luc 22).
C’est donc bien l’amour qui habite le cœur de Jésus alors qu’il entre dans sa Passion.
2- la Passion : acte d’amour libre et volontaire
Pour Jésus, « l’Heure » de sa Passion, de sa mort, n’est pas une fatalité subie, mais un acte libre et volontaire.
Jésus ne se laisse pas « attraper » par hasard.
Au jardin des Oliviers : lorsqu’on vient l’arrêter, il s’avance de lui-même en disant « C’est moi » (Egô eimi en grec, qui rappelle le nom divin). Sa liberté de se livrer est la preuve de son amour : il ne fuit pas.
Il choisit de se donner.
À l’Heure de la Passion, Jésus ne perd pas le contrôle. Au contraire, il dit : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » (Jean 10, 18).
La gloire de Jésus, c’est cette liberté souveraine d’aimer même ceux qui le rejettent.
3- La Passion acte d’un amour poussé à l’extrême
Saint Jean introduit le récit de la Passion par cette phrase monumentale :
« Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. » (Jean 13, 1)
« Il m’a aimé jusqu’à l’extrême, l’extrême de moi, l’extrême de lui. Il m’a aimé à sa façon, gracieusement, gratuitement…, comme je ne sais pas aimer : cette simplicité, cet oubli de soi, ce service humble et non gratifiant. Il a aimé les siens jusqu’à l’extrême, ils sont tous à lui, chacun comme unique, une multitude d’uniques. Il a tant aimé les hommes qu’il leur a donné son Unique : et le Verbe s’est fait FRÈRE. Amen. »
Père Christian de Chergé (1937-1996) – moine de Tibhirine
Le lavement des pieds : avant de verser son sang, il lave les pieds de ses disciples (la tâche du serviteur le plus bas). C’est le signe prophétique de la Passion : il s’abaisse pour relever l’homme.
Le pardon des bourreaux : sur la croix, dans l’Évangile de Luc, il dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). L’amour se manifeste ici par l’absence totale de ressentiment, même envers ceux qui le torturent.
Une solidarité totale avec la condition humaine, y compris dans ses aspects les plus sombres :
Hymne aux Philippiens :
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
Il accepte l’injustice, l’abandon et la douleur. Il est le Serviteur souffrant annoncé par Isaïe : « En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié.
05 Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris.
06 Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. »
Il est l’Agneau chargé de nos péchés. Dans le Lévitique, des agneaux étaient offerts en sacrifice pour l’expiation des péchés du peuple. Jean-Baptiste est le premier à appliquer ce titre à Jésus dans l’Évangile de Jean : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jean 1, 29).
Sa soif : sur la croix, il dit : « J’ai soif » (Jean 19, 28).
Soif physique, mais aussi mystique.
Au-delà de la déshydratation physique, les théologiens y voient la « soif d’être aimé » en retour par l’humanité. Son amour se manifeste par ce désir brûlant de réconciliation.
Une soif physique, signe d’humanité.
Au sens littéral, c’est l’expression de la souffrance extrême. Jésus est en train de mourir d’asphyxie et de déshydratation. En disant cela, il montre qu’il est pleinement homme, partageant jusqu’au bout la détresse charnelle de l’humanité.
Une soif spirituelle : « J’ai soif de toi. »
Pour la majorité des commentateurs, cette soif est le cri d’un Dieu qui désire l’homme. Ce n’est pas seulement de l’eau qu’il réclame, mais une réponse à son amour.
Le désir de sauver : comme vous l’avez souligné, c’est la soif de l’accomplissement de sa mission. Il a soif que son sacrifice porte du fruit et que l’humanité soit réconciliée avec Dieu.
La soif des âmes : on dit souvent que Jésus a « soif de notre soif ». Il mendie l’amour de ses créatures.
L’héritage de Mère Teresa
S’il y a une figure contemporaine qui a incarné cette vision, c’est bien Mère Teresa. Dans chaque chapelle de ses communautés (les Missionnaires de la Charité), les mots « I Thirst » (« J’ai soif ») sont écrits à côté du crucifix.
« “J’ai soif” est bien plus profond que Jésus vous disant “Je vous aime”. Tant que vous ne savez pas, d’une manière très intime, que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. » — Mère Teresa
Le point d’orgue : quand Jésus, avant de mourir, dit « Tout est accompli » (en grec Tetelestai), c’est l’affirmation triomphante d’une mission accomplie, et non pas d’un soulagement d’arriver au bout de ses souffrances. Il vient d’accomplir sa mission : celle d’effacer la dette du péché de l’humanité, de réconcilier l’humanité pécheresse avec Dieu.
À l’époque, Tetelestai était un terme utilisé par les comptables ou dans le domaine judiciaire pour signifier « payé en totalité ».
Il a manifesté l’amour du Père, il a pardonné, il a enseigné, et il a scellé cette alliance par le don de sa propre vie.
Loin d’être un cri d’épuisement ou de défaite, c’est un cri de victoire et la manifestation suprême de son amour. C’est l’amour accompli dans sa perfection.
4- Un amour qui ne s’arrête pas à sa mort physique
Il nous laisse un héritage :
- le don de sa mère,
- le don de l’Esprit.
Juste après avoir dit « Tout est accompli », Jean écrit : « Inclinant la tête, il remit l’esprit (ou livra l’Esprit). »
Ce n’est pas seulement l’âme de Jésus qui s’en va, c’est le premier don de l’Esprit Saint à l’humanité. L’amour du Christ ne s’arrête pas à sa mort physique : il « expire » son souffle de vie sur le monde pour que nous puissions aimer comme lui. La mort devient une source de vie et le signe d’un don.
Le signe du sang et de l’eau
Peu après sa mort, un soldat lui perce le côté d’un coup de lance, et il en sort « du sang et de l’eau » (Jean 19, 34), symboles des sacrements de l’Église (Eucharistie et Baptême).
Le cœur du Christ est littéralement « ouvert » pour l’éternité. C’est l’image d’une source qui ne tarira jamais, manifestant que l’amour de Dieu est désormais accessible à tous, sans barrière. Le Cœur ouvert est la manifestation de son plus grand amour.
5- La Passion lue avec les saints à la lumière de cet amour de Sacré Coeur de Jésus
Tout ceci nous montre qu’on ne peut comprendre vraiment la Passion qu’à partir du cœur de Jésus. Sans passer par cette porte de son cœur ouvert, la Passion ne serait qu’une justice froide subie par le Christ pour apaiser la colère de son Père : vision très doloriste, janséniste, de la Croix.
Le message de Jésus à sainte Marguerite-Marie
C’est bien le Christ crucifié qui se montre à Marguerite-Marie en lui disant : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen, et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre. » Autobiographie, § 53 : « Il me découvrit les merveilles de son amour, et les secrets inexplicables de son Sacré-Cœur. »
Marguerite-Marie décrit ainsi la deuxième grande apparition : « Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour, et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes. » Autobiographie, § 55.
« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour, et, pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs froideurs et leurs mépris.
Jésus demande une réciprocité d’amour de notre cœur : “J’ai soif !”
Et il va même jusqu’à dire, dès la deuxième grande apparition, en exprimant la douleur de ne pas recevoir l’amour des hommes en réciprocité : “Que des ingratitudes et indifférences, des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien… Ce qui m’est beaucoup plus sensible que tout ce que j’ai souffert en ma Passion.” » Autobiographie, §§ 55-56. Autrement dit, il souffre encore plus aujourd’hui de mes ingratitudes que de toutes les souffrances de sa Passion réunies.
Chez Thérèse de l’Enfant Jésus
Poème « Rappelle-toi »
- Rappelle-toi, Jésus, Verbe de Vie,
Que tu m’aimas jusqu’à mourir pour moi.
Je veux aussi t’aimer à la folie,
Je veux aussi vivre et mourir pour toi.
Tu le sais, ô mon Dieu ! tout ce que je désire,
C’est de te faire aimer et d’être un jour martyre.
D’amour je veux mourir,
Seigneur, de mon désir,
Rappelle-toi….
Chez saint Charles de Foucauld, faisant un commentaire du passage de saint Jean 19 sur le moment de la mort de Jésus et du coup de lance :
« Que vous nous aimez, ô Cœur de Jésus ! Il ne vous a pas suffi de contenir tous les hommes, tous ces hommes si ingrats, pendant toute votre Vie ; vous avez voulu encore leur être ouvert et être blessé pour eux après votre mort. À tous, même aux plus indignes, votre Cœur est ouvert ; pour tous, il a été percé ! Vous aimez tous les vivants, vous les appelez tous à vous, vous leur offrez à tous le Salut jusqu’à leur dernière heure, leur dernier instant. Vous êtes venu apporter l’Amour sur la terre ; vous êtes venu mettre au milieu de nous les flammes de votre Cœur. Que vous êtes bon ! Ayons une grande dévotion à ce Cœur sacré de Jésus, par lequel Dieu a allumé le feu sur la terre ! Ô mon Dieu, faites brûler ce feu dans mon cœur et dans celui de tous les hommes ! Ainsi soit-il. »
Pour Gemma, la Croix est le « lieu » de l’Amour : « C’est sur la Croix, ô Jésus, que j’ai appris à t’aimer » (E 21).
« Jésus, l’amour t’a fait mourir ; fais-moi mourir d’amour, moi aussi » (E 1). « Jésus, tu me demandes l’amour. Qui t’a fait mourir ? L’amour. Jésus, ces clous, cette croix, c’est l’œuvre de l’amour. Ô Jésus, si seulement un jour on pouvait dire que j’ai été consumée par ton amour ? Tu sais, Jésus, comment je voudrais être ? Victime d’amour pour toi » (E 52).
Dans son Autobiographie, la sainte dit la même chose, mais en faisant parler Jésus : « Regarde, mon enfant, et apprends comment on aime. Et il me montra ses cinq plaies ouvertes. Vois-tu cette croix, ces épines, ce sang ? Ce sont toutes les œuvres de l’amour, et de l’amour infini. Vois-tu à quel point je t’ai aimée ? Veux-tu m’aimer vraiment ? Apprends d’abord à souffrir. La souffrance enseigne à aimer. »
Dans la tradition mystique chrétienne, la Croix n’y est pas vue seulement comme un instrument de supplice, mais comme le lit nuptial où le Christ (l’Époux) s’unit définitivement à l’Humanité ou à l’âme (l’Épouse) par le don total de soi. Donc, comme des noces.
Sainte Catherine de Sienne : « C’est sur la Croix que l’Époux divin a célébré ses noces avec l’âme humaine, en payant la dot de son propre sang. »
Saint Cyrille d’Alexandrie :
« L’Époux céleste est monté sur la Croix pour attirer à lui son Épouse, qui était captive. Par les clous de sa Passion, il a fixé l’acte de divorce qui nous séparait de Dieu, et par son sang, il a écrit le nouveau contrat d’un mariage éternel. »
Conclusion
478 Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa Passion, et il s’est livré pour chacun de nous : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur humain. Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), « est considéré comme le signe et le symbole éminents… de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au Père éternel et à tous les hommes sans exception » (Pie XII, enc. Haurietis aquas : DS 3924 ; cf. DS 3812).



