Homélie de la Vigile pascale – don Paul Denizot

Homélie de la Vigile pascale donnée par don Paul Denizot, recteur du sanctuaire le samedi 4 avril 2026 à Notre-Dame de Montligeon.

Frères et sœurs,
La liturgie de cette nuit pascale est d’une richesse incomparable. Elle nous fait passer, pas à pas, des ténèbres à la lumière. Nous avons vu le feu nouveau, la lumière du cierge pascal traverser l’obscurité. À travers les lectures, nous avons été plongés dans la mémoire de l’histoire du monde, qui est fondamentalement une histoire de salut.
Nous allons renouveler les promesses de notre baptême et être aspergés de cette eau qui purifie et qui vivifie, cette eau qui nous a fait passer à une vie nouvelle.
Tous ces signes convergent vers un seul mystère : la victoire du Christ sur la mort par sa résurrection. Jésus est vivant aujourd’hui.
Les lectures que nous avons entendues nous le montrent clairement : la résurrection n’est pas un événement isolé, ni seulement un événement du passé. Elle est le centre de toute l’histoire du monde, depuis la création jusqu’à son terme. Elle est la clef de l’énigme du monde, elle qui donne le sens ultime à l’histoire de l’univers et à chacune de nos existences.
Dieu vient à la rencontre de l’homme. Il l’a créé pour qu’il vive et croisse (Genèse). Et il n’a cessé de rejoindre notre humanité blessée : par les promesses faites à Abraham, par les grandes œuvres de libération, comme le passage de la mer Rouge, par la parole des prophètes, qui n’ont cessé d’appeler à la conversion et d’annoncer la consolation.
Ce que nous célébrons cette nuit, le mystère pascal du Christ, est l’accomplissement de toute cette œuvre de salut. Dieu renouvelle sa création. Une œuvre plus grande encore que la création elle-même, comme nous l’a rappelé la première oraison de cette vigile.
Et pourtant, cet événement immense s’est réalisé dans le secret (pas de témoin) et s’est manifesté dans une grande simplicité.
L’Évangile nous montre les femmes au tombeau. Elles étaient là au moment de l’ensevelissement. Elles ont vu la pierre rouler. Tout semblait fini. Tout était fini. Les espoirs envolés, le mal, la souffrance et la mort avaient le dernier mot.
Et pourtant, elles accompagnent jusqu’au bout celui qu’elles aiment. Par amour. Malgré la tristesse, malgré la peur, malgré les risques de la rencontre avec les gardes, elles accomplissent un geste simple et fidèle. Elles ne se résignent pas.
Comme le rappelait le pape François : « Combien de personnes ont fait et font comme ces femmes, en semant des germes d’espérance dans les ténèbres par de petits gestes d’attention, d’affection, de prière. » Au milieu des violences, des indifférences et des injustices du monde.
Sans le savoir, ces femmes, par ces gestes simples, préparent l’inattendu.
La pierre est roulée. Ce qui semblait fermé ne l’est plus. Et une annonce leur est faite : Jésus est vivant et c’est en Galilée que ses disciples le verront.
Ce témoignage de la résurrection aurait pu s’arrêter là, mais Jésus vient à leur rencontre. Nous l’avons entendu : elles se prosternent et lui saisissent les pieds. Ce geste nous rappelle que la résurrection n’est pas une idée. Elle n’est pas un symbole spirituel ou une invention. Elle est une réalité concrète. Le Christ est vivant. Il se laisse rencontrer, approcher, toucher.
Et il donne rendez-vous en Galilée.
La Galilée, c’est un espace ouvert, tourné vers les nations, vers le monde. Jésus nous précède dans notre vie ordinaire. Il nous attend là où nous vivons, où nous travaillons… et non pas dans le temple de Jérusalem.
La Galilée, c’est aussi le lieu des commencements. Le lieu de la première rencontre avec Jésus et nous sommes invités, en renouvelant les promesses de notre baptême, à faire mémoire de nos rencontres vivantes avec lui. Quand est-ce que j’ai rencontré Jésus vivant pour la dernière fois ?
La résurrection n’est pas seulement un souvenir. Non, elle ouvre une relation vivante, une relation d’amitié avec le Christ aujourd’hui.
C’est le sens et le but de cette liturgie pascale : non seulement faire mémoire d’un événement passé, non seulement faire mémoire de notre appartenance à l’Église ou de notre identité de chrétien, mais d’abord et surtout nous laisser rejoindre par le Christ vivant et faire l’expérience de sa présence maintenant.
Cependant, nous le savons : nous vivons dans un monde marqué par le mal. Un monde où les ténèbres demeurent : violence, guerre, mensonge, injustice, peur. Je pense en particulier à nos frères et sœurs qui vivent dans des pays en guerre, en Iran, au Liban, au Moyen-Orient, ou aux chrétiens qui subissent des persécutions ouvertes ou plus ou moins larvées.
Comment vivre cette annonce de la Résurrection alors que nous sommes dans le temps du « déjà et pas encore » ?
Déjà, le Christ est ressuscité. Déjà, il a vaincu la mort et le mal.
Mais pas encore : pas encore parce que le neuf et l’ancien cohabitent pour l’instant. L’ancien va vers sa perte et le monde nouveau est déjà né ; nous attendons son accomplissement définitif… nous sommes dans les derniers temps.
Parce que Pâques a ouvert une brèche.
Une brèche dans ce monde ancien. Une brèche dans nos enfermements. Une brèche dans tout ce qui semblait bloqué, fermé, sans issue. La mort et le mal n’ont pas le dernier mot. C’est là notre espérance.
Frères et sœurs, en cette nuit, nous sommes invités à raviver notre foi en Jésus ressuscité et vivant, vraiment. À vivre une relation vivante avec lui qui vient à la rencontre de chacun de nous, quelle que soit notre histoire, notre péché, notre misère.
Ce soir, comme les saintes femmes, repartons avec cette certitude qui fait la joie de Pâques : rien n’est fermé pour Dieu. Rien n’est perdu. Le Seigneur a vaincu la mort.
Amen.

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