S’adapter à la vie éternelle

Je m’appelle Frédéric Koffi Soklou. Je suis prêtre du diocèse d’Atakpamé, au Togo, en Afrique de l’Ouest et je suis chapelain au sanctuaire du 28 octobre au 30 décembre 2025. Lorsque j’arrive ici, au sanctuaire, je fais des rencontres qui me marquent profondément. Elles se vivent surtout pendant les célébrations liturgiques et, très souvent, au confessionnal. J’aime confesser. J’ai beaucoup confessé, presque toutes les couches sociales. Des jeunes, des enfants, des adultes, et aussi beaucoup de personnes âgées. Ecouter ainsi les pèlerins m’a donné un regard plus large, presque panoramique, sur la France et sur l’Europe.

Les pèlerins viennent de partout. Du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest, d’autres pays européens, et même de très loin.

Les pèlerinages du Ciel de novembre

Le pèlerinage du Ciel, je l’ai découvert ici, au mois de novembre, quelques jours avant le 1er novembre. Pour moi, c’était une grande découverte. Ma première question a été : « Qu’est-ce que le pèlerinage du Ciel ? » On m’a expliqué qu’il s’agissait d’une démarche proposée pour permettre aux pèlerins de se rassembler, de prier, que ce soit pour un défunt, pour soi-même, pour les défunts en général, et surtout pour les âmes délaissées du purgatoire, afin de leur permettre d’accéder à la vie éternelle.

Les pèlerins viennent de partout. Du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest, d’autres pays européens, et même de très loin. J’ai reçu des personnes venues de Los Angeles. Comme je parle anglais, j’ai pu converser avec elles. C’était très émouvant.

J’ai aussi beaucoup appris dans les célébrations. Je ne vais pas entrer dans les détails. Chez nous, nous ne célébrons pas la messe en latin. Ici, je l’ai apprise, et je célèbre toute la messe en latin. C’est une découverte. C’est un plus pour moi, pour devenir, pourquoi pas, un bon prêtre.

Mon objectif, comme prêtre et comme chrétien, reste le même : devenir saint. C’est la raison pour laquelle Dieu nous a créés. La gloire de Dieu, c’est de nous voir marcher vers cette sainteté. Cette conviction m’accompagne dans tout ce que je vis ici.

J’ai vécu cela pendant tout le mois de novembre, du 1er novembre jusqu’à la fin du mois. C’était très fort. Je me sentais chez moi, entouré de Congolais, de Béninois, de Maliens, d’Ivoiriens, de Togolais. Cette présence fraternelle m’a porté. Elle m’a donné une grande joie intérieure.

On vient ici pour pleurer et être consolés

Cependant, ce qui m’a frappé, c’est la raison de leur venue. Les gens ne viennent pas ici pour les miracles. Ils ne viennent pas chercher des prières puissantes, ni une forme de gloire. Ils viennent pour pleurer. Ils viennent pour leurs défunts, pour des personnes très chères qui ne sont plus là. Ainsi, ils cherchent surtout la consolation. Ils viennent avec une espérance, une soif de la vie éternelle. Et cela, on l’apprend en les écoutant, simplement.

Quand j’entends ces personnes parler, je comprends qu’elles portent une espérance très forte. Elles espèrent que la vie continue autrement. Cette espérance m’enseigne beaucoup. De plus, elle nourrit ma manière d’être prêtre aujourd’hui et demain.

Maintenant adapte-toi

Parmi les choses qui m’ont marqué, il y a d’abord la température. À Lomé, il faisait plus de trente degrés. À mon arrivée à Roissy, il faisait treize degrés. Le choc a été réel. Je me suis dit : « Tu n’es plus chez toi, alors adapte-toi. » J’ai essayé de m’adapter d’abord psychologiquement, avant que mon corps ne suive. Puis il y a eu les hommes, les foules, les déplacements. C’était ma première fois en France. J’ai voyagé seul. Il a fallu quitter l’aéroport, prendre le métro, rejoindre Montparnasse, puis le train jusqu’à Nogent-le-Rotrou. Les gens allaient vite, de gauche à droite. J’ai souffert un peu. Je n’étais pas à l’aise.

Cependant, je me le répétais : « Frédéric, tu n’es plus chez toi. » Quand on quitte sa culture, tout change : la température, la géographie, les habitudes, les relations. Cela met mal à l’aise. Alors, que faire ? Il faut s’adapter. Apprendre à vivre comme les autres vivent, manger ce qu’ils mangent. L’adaptation, pour moi, est une grâce à demander.

Je crois que cette capacité d’adaptation nous prépare à ce qui nous attend après. Personne n’est allé voir ce qu’est la vie éternelle. Nous lisons la Bible, nous écoutons des témoignages spirituels, mais nous n’y avons jamais mis les pieds. Ainsi, demander la grâce de s’adapter aux situations inconfortables aujourd’hui, c’est déjà se préparer à cette réalité future. La vie éternelle est une bonne chose. Par conséquent, apprendre à s’adapter maintenant fait partie du chemin.

Les pèlerinages du Ciel, chaque année au mois de novembre

« L’adaptation,
pour moi, est une grâce à demander. »

La rencontre du 17 décembre 2025 avec le Père Frédéric Koffi Soklou du diocèse d’Atakpamé, Togo
La rencontre du 17 décembre 2025 avec le Père Frédéric Koffi Soklou du diocèse d’Atakpamé, Togo

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