Invité de l’émission Sanctuaires normands sur RCF Orne–Calvados–Manche, le père Charles Lenoir, chapelain du sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, répond à une question simple et décisive : la foi change-t-elle mon regard sur le monde ? Dans un monde devenu anxiogène, la foi ne se réduit pas à une idée spirituelle : elle oriente la vie, donne un but et une direction, et aide à traverser l’épreuve sans nier la réalité. Ce besoin d’horizon se lit aussi dans un signe marquant : En France, 13 234 adultes et 8 152 adolescents seront baptisés à Pâques 2026. Ainsi, la foi renouvelle la manière de regarder le monde, les autres, et même la mort.
La foi change-t-elle mon regard sur le monde ?
D’abord, la foi change-t-elle mon regard sur le monde ? Oui, parce qu’elle me donne un but et une direction. Benoît XVI rappelait que foi et espérance se tiennent de près : savoir où l’on va, et savoir que ce but est certain, change notre comportement.
Le père Charles Lenoir prend une comparaison simple : un entraîneur cherche le moral de son équipe. Si l’équipe se croit vaincue, elle arrive vaincue. Mais si elle se sait capable de gagner, elle se met en mouvement. De même, je ne traverse pas un monde abîmé, violent ou incertain avec les mêmes forces quand je sais qu’il est aimé. « Derrière ce monde abîmé, eh bien il y a quand même quelqu’un qui l’aime, ce monde, et qui veut le sauver. » Ce quelqu’un, c’est Dieu. Et le fait de le savoir, d’en être sûr, fait que ce monde prend un sens au lieu de le voir comme quelque chose d’absurde. Je ne nie pas les épreuves pour autant. Cependant, je refuse de les lire comme un non-sens. La foi me fait donc découvrir « la présence d’un Dieu qui a changé la mort… en chemin de vie ». Et le simple fait de savoir que ma vie a un sens change déjà tout. Par conséquent, je peux travailler et persévérer. Ainsi, la foi change mon regard : elle ouvre un horizon, et elle donne du courage.
Une confiance d’enfant pour traverser l’épreuve
Ensuite, la foi m’invite à une confiance d’enfant, sans déconnexion du réel. Certes, on peut trouver cela naïf, au bon sens du terme, c’est-à-dire enfantin.
« Un petit enfant ne se pose pas la question de savoir si son père aura du travail… Il lui fait confiance. » Voilà l’attitude que je reçois : faire confiance à mon Père des Cieux. Je sais qu’il a créé le monde et qu’il veille. Ainsi, je ne m’enferme pas dans l’angoisse du lendemain. De plus, cette confiance me donne du cœur à l’ouvrage. Évidemment, elle ne supprime pas l’épreuve, mais elle m’aide à tenir debout sans l’ignorer. Je peux alors apprendre à regarder l’épreuve du bon côté : elle m’exerce à tenir bon. Elle m’apprend la persévérance et l’endurance. Et ces vertus comptent dans la durée. Alors, au lieu de répéter que demain sera pire qu’aujourd’hui, je peux dire autrement : demain peut peut-être être mieux. Cette vision empêche le découragement de commander. Par conséquent, je m’appuie sur ce que je crois, et je continue d’avancer. Enfin, je garde une règle simple : Dieu ne me laisse pas tomber. Cette certitude ne m’endort pas ; elle me met en route.
Regarder le verre à moitié plein, et reprendre courage
Pourtant, de nombreuses personnes ont la foi et se plaignent beaucoup. Que faut-il en déduire ? Que cette foi reste faible, mais elle peut grandir. Or, la conversion du regard passe par un exercice très concret. « Et si on pouvait essayer de regarder le verre à moitié plein au lieu de le regarder à moitié vide ? » C’est la même chose, et cela change tout. Quand je regarde le bon côté des choses, je retrouve du cœur à l’ouvrage. Quand je regarde le mauvais côté, je me décourage. Ainsi, je m’appuie sur la foi pour me redonner du courage et de l’élan dans l’épreuve. De plus, la foi ne change pas de contenu selon les époques. Elle reste la confiance en Dieu. Les circonstances, elles, changent, ainsi que les problèmes d’aujourd’hui. Pourtant, le cœur demeure : faire confiance à un Dieu qui nous aime. Par conséquent, je peux regarder les saints et les témoins comme des repères. Des figures comme Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati ne rendent pas la foi différente. Ils montrent comment vivre la confiance, ici et maintenant. Et cela m’aide à traverser le quotidien, sans m’enfermer dans la plainte.
« Dieu fait toujours le premier pas. »
Quand je change, mon environnement change
De plus, je ne garde pas la foi pour mon for intérieur. Je vois qu’elle attire aussi, surtout chez des jeunes adultes. Beaucoup se sentent face à un monde de plus en plus anxiogène, et c’est déprimant. Or ils rencontrent des chrétiens qui regardent le monde autrement.
C’est un premier signe. Ensuite, je me souviens d’un point décisif : lorsqu’une personne commence une démarche vers la foi, elle répond déjà à un appel. Dieu prend l’initiative, et ma liberté répond ou ne répond pas. Cette logique éclaire un chemin : une aspiration naît, on entre dans une église, on s’essaye à prier, puis on avance pas à pas. Par conséquent, la foi transforme aussi l’environnement. Quand je change, je fais changer ce qui m’entoure. Si la foi m’aide à garder le sourire et à chercher le bon côté des choses, je diffuse autre chose que la plainte. Si elle m’entraîne à me mettre au service de ceux qui souffrent, mon entourage le voit. Et ma relation aux autres se modifie. Même quand l’autre pense différemment, je le reconnais d’abord comme un frère. Nous avons le même Père des Cieux. Ainsi, je ne peux pas me comporter envers lui avec indifférence, ni avec méchanceté. Je choisis de le traiter comme un frère, et j’apprends à l’aimer concrètement.
Quand je doute et quand je ne ressens plus rien
Enfin, la foi change mon rapport à la mort et à mes doutes. Quand je me heurte à la mort, je ne la tiens pas pour la fin de tout, mais pour l’entrée dans une autre vie. Je vois mon corps vieillir, se défaire peu à peu, et pourtant j’attends autre chose : un jour, je retrouverai un corps dans sa beauté. Cette espérance donne du cœur à l’ouvrage, aujourd’hui. Et que faire quand je doute ?
D’abord, l’exemple des croyants peut aider ceux qui cherchent. Ensuite, je distingue deux doutes. Il y a le doute ordinaire : je ne sais pas, comme lorsque je ne regarde pas la météo et que j’hésite sur demain. Et puis il y a un autre doute : refuser de faire confiance. Celui-là abîme davantage, parce qu’il ferme la porte. Et lorsque nous évoquons le témoignage d’un pratiquant qui confie ne plus rien ressentir lorsqu’il va à la messe, le père Charles de s’exclamer : « Que c’est bon signe ! » Le chemin vers Dieu passe nécessairement par le désert. Au début, Dieu peut donner des consolations sensibles, puis il les retire. Ainsi, il me fait grandir : marche, appuie-toi sur ce que tu crois. La foi devient moins sensible. Pourtant, je continue. Les saints croient parce qu’ils veulent croire, et je peux apprendre cette fidélité.
Alors, la foi change-t-elle mon regard sur le monde ? Oui, parce qu’elle m’apprend à faire confiance, à tenir dans l’épreuve, et à regarder le bon côté. De plus, elle me fait regarder l’autre comme un frère, et la mort comme une entrée dans une autre vie. Enfin, quand je ne ressens plus rien, elle m’invite à marcher en m’appuyant sur ce que je crois. Par conséquent, je peux avancer avec plus d’endurance et plus d’espérance. Et je peux reprendre chaque jour un acte simple de confiance, en le portant dans la prière.



