La prière est vitale, le témoignage de Karine et Tony

Après un accident grave, Tony est dans le coma pendant quinze jours. Une amie de son groupe de prière le recommande à la Fraternité Notre-Dame de Montligeon et offre un certificat à son épouse Karine. Aujourd’hui, Tony est debout mais l’épreuve n’est pas terminée. Ils sont venus en couple au sanctuaire pendant cette semaine sainte et témoignent : « la prière est vitale ».

L’accident

Tout commence un dimanche matin, le 17 novembre 2024, juste avant la messe, une semaine avant la fête du Christ-Roi. Tony veut refixer une échelle pour monter au grenier, pendant que la famille se prépare. La chute est violente. Il tombe alors qu’ils sont sur le point de partir. Karine intervient aussitôt avec leurs filles. Dans l’urgence, elle appelle les pompiers. En attendant leur arrivée, elle le bénit avec l’huile de saint Charbel et lui met un chapelet, puis un dizainier autour du pouce. Ce petit objet ne le quittera pas. À l’hôpital, des soignants y feront même attention, alors qu’il aurait pu se perdre dans le linge ou au cours des soins.

“Jésus t’aime” Jn 3-16. La photo prise par Karine dans la salle d’attente des urgences.

Le choc est immense. Tony est inconscient. Karine le retrouve à terre sans savoir immédiatement s’il est vivant ou mort. L’accident ouvre une période de grande incertitude. Très vite pourtant, une chaîne de prière se met en place avec le groupe de prière. Des amis, des proches, des membres de la paroisse, des connaissances du scoutisme relaient la nouvelle. Des neuvaines à saint Charbel sont commencées, puis répétées. Karine parle d’« une grande chaîne de prière incroyable ». Au cœur même de la sidération, la famille reçoit déjà ce soutien comme une grâce.

Pendant le coma, la prière structure les journées. Tony lisait régulièrement le Magnificat ; comme il ne peut plus le faire, Karine, les filles et son frère le lui lisent. Rien n’efface l’angoisse. Cependant, cette fidélité concrète à la prière porte la famille dans l’attente. Karine le dit simplement : ces prières les ont portées dans l’espérance.

Quinze jours de coma

Tony reste plongé dans le coma pendant environ quinze jours. Le réveil, explique Karine, ne ressemble pas à ce qu’on voit à la télévision. Il ne s’agit ni d’un retour soudain à la parole, ni d’un réveil net. D’abord, le corps manifeste quelques réflexes. Ensuite, les yeux s’ouvrent. Puis viennent de petits gestes, quelques mimiques, une manière de serrer la main, des signes minuscules que les proches commencent à reconnaître. C’est lent, progressif, incertain. Pourtant, pour la famille, chacun de ces gestes compte.

Après l’extubation, le véritable apprentissage commence. Il faut tout reprendre. Marcher, manger, parler, retrouver une coordination, retrouver une place dans son propre corps. Karine insiste sur ce point : lorsqu’une personne sort du coma, « elle repart comme un bébé ».

« Quand je suis arrivée dans la salle d’attente du service de réanimation où Tony venait d’être transféré, j’étais abattue. J’ai levé les yeux remplis de larmes et en face de moi, se tenait un tableau où un enfant avait écrit “Jésus t’aime” Jn 3-16  (voir la photo transmise par Karine). J’ai tout de suite été consolée et j’ai pu tenir, je crois, ensuite avec et par Lui. »

Mon cœur est touché de plein fouet

Tony n’a jamais cru au hasard : il y croit encore moins aujourd’hui. Un deuxième accident survient d’ailleurs le 7 mai 2025, accompagné d’une épilepsie et d’un AVC, dans un contexte qui surprend lui aussi le corps médical. Tony précise que ces évènements l’ont rapproché intérieurement de Dieu. « Mon cœur est touché de plein fouet ».

Depuis ces épreuves, sa foi a grandi. Il se sent davantage proche de ceux qui ont perdu une part de leur santé, de ceux qui traversent des accidents graves, de ceux qui sont éprouvés dans leur chair. Il parle d’un « handicap invisible » : il comprend encore globalement ce qu’il entend, mais s’exprimer reste difficile. Malgré cela, quelque chose demeure très vivant en lui. Il dit que son cœur est plus ouvert qu’avant, que les larmes viennent plus facilement, que la souffrance des autres lui devient plus proche.

C’est « comme un cadeau du ciel », non pas parce que l’accident serait bon en lui-même, ni parce qu’il en comprendrait le sens immédiatement, mais parce qu’il l’a rapproché de la vérité qu’est, pour lui, Jésus-Christ. Il insiste d’ailleurs sur ce point : au début, il n’y comprenait rien. Le corps ne fonctionne plus comme avant. Il faut passer par plusieurs hôpitaux, par des soins difficiles, par l’humour aussi, parce qu’il aime dire qu’il faut rire au moins une fois par jour. Mais, au milieu de cela, il garde le souvenir des personnes rencontrées dans le monde médical et dit en garder un bon souvenir.

Revenir vers Dieu

Cette foi n’est pas née avec l’accident. Tony explique qu’elle était déjà là, sous des formes parfois plus diffuses, depuis longtemps. Lorsqu’il était célibataire, il a demandé la confirmation. Ensuite, il s’est éloigné de la foi à plusieurs reprises. Il a connu des allers-retours. Il a même traversé une période où il pratiquait des activités sportives le dimanche matin. En parallèle, il était pompier en entreprise jusqu’en 1999. C’est une période où il dit s’être senti de plus en plus mal, à la fois éloigné de ses proches et éloigné de la foi.

À ce moment-là, il se sent comme rappelé à revenir vers Dieu. Ce retour prend notamment la forme d’un pèlerinage à Lourdes, en août 1999, comme hospitalier auprès des malades. Là, il découvre quelque chose qui le marque profondément : Lourdes lui apparaît comme « un avant-goût du ciel », un lieu où il y a une place pour tout le monde. Il en revient touché intérieurement, avec beaucoup de larmes. Cette sensibilité ne l’a plus quitté. Depuis son dernier accident, dit-il, il a encore plus « hérité des larmes » qu’avant.

Ces larmes, il ne les réduit pas à de la tristesse. Elles disent aussi une forme d’ouverture du cœur. Lorsque quelqu’un est frappé par une grande peine, une maladie grave, une paralysie, un accident, il se sent rejoint et concerné. Son expérience le rapproche de toutes ces situations. Il y voit une nouvelle proximité avec la réalité humaine, mais aussi avec le Christ. Ainsi, la foi ne supprime pas l’épreuve. Elle la traverse autrement. Elle ne supprime ni la fatigue, ni la vulnérabilité, ni la lutte intérieure ; cependant, elle donne une direction et une manière de vivre ce qui arrive.

Montligeon et la messe perpétuelle

La découverte de Montligeon passe par un geste d’amitié. Une amie de leur paroisse, liée au groupe de prière des mères, offre à Tony une inscription à la messe perpétuelle peu après l’accident. Elle confie Tony à la Fraternité Notre-Dame de Montligeon, puis remet à Karine la carte et le certificat d’inscription à la fraternité de son vivant. Karine raconte qu’elle en pleure, parce qu’elle reçoit cela comme un très beau cadeau. C’est ainsi que le sanctuaire entre dans leur histoire de manière concrète et personnelle.

Ensuite, elle-même commence à offrir ce type d’inscription, notamment pour des personnes décédées, tout en rappelant qu’il existe aussi des messes pour les vivants. Une première venue a lieu au mois de janvier. Ils viennent « en électron libre », sans s’inscrire dans un cadre déjà prévu, simplement parce qu’ils sentent qu’il faut venir malgré tout. Ils y vivent quelque chose de beau. Plus tard, pendant la Semaine sainte, des amis de leur paroisse leur proposent de les emmener. Finalement, le projet initial tombe à l’eau, mais eux décident quand même de faire la route. Quatre heures de trajet, de l’imprévu, de la fatigue, et pourtant les voilà là.

Pour Tony, cette venue rejoint un désir ancien. Il dit qu’il souhaitait venir à Montligeon depuis longtemps, principalement parce qu’on y prie pour les âmes du purgatoire. Il dit même, non sans paradoxe, « merci une nouvelle fois aux accidents », parce que ces difficultés l’ont enfin conduit jusque-là. Ce thème de la prière pour les défunts le touche depuis longtemps. Il parle de toutes ces âmes qui nous précèdent, qui sont en chemin vers le ciel, et de cette relation invisible que la prière permet de vivre avec elles.

Karine : lorsqu’une personne sort du coma, elle repart comme un bébé.
Tony, lors de la prière avec Marie au tombeau pendant la semaine sainte, le 4 avril 2026.

Avec l’eucharistie, le ciel reste ouvert pour nos défunts

Dans son témoignage, Tony évoque son petit frère, mort d’un cancer le 6 janvier 2002, ainsi que son père, décédé en 2019 trois jours avant la Pentecôte, le jour de ses cinquante ans de mariage. Karine raconte qu’au moment où Tony fait ses premiers pas, le 6 janvier, au cours de la sixième neuvaine à saint Charbel, elle y voit un jour de grâce, lié précisément à l’anniversaire de la mort de ce petit frère. Elle dit avoir l’impression que « les gens du ciel sont là » et que ce frère les soutient dans l’épreuve. Tony, lui, emploie des termes plus prudents : il dit qu’il interprète, qu’il ne peut pas le prouver, mais qu’il croit qu’on est vraiment en rapport avec ceux qui nous précèdent.

Cette conviction s’enracine, pour lui, dans le fait que Jésus-Christ a ouvert le ciel. Il affirme sa confiance en Dieu et son désir de persévérer dans la foi jusqu’à son dernier battement de cœur. Il cite souvent saint Jean-Marie Vianney : « Je l’avise et il m’avise. » Pour lui, l’adoration est un lieu où, même s’il semble parfois ne rien se passer, une proximité réelle se vit avec le Christ. En pleine nuit, pendant la Semaine sainte, il quitte son lit pour aller prier à l’adoration et y reçoit une paix intérieure dans le silence.

L’Eucharistie occupe ici une place centrale. Tony parle de la communion avec des mots très personnels. Depuis ses accidents, il s’approche presque chaque fois de l’hostie consacrée avec des larmes qui viennent sans qu’il les cherche. Il ne les essuie plus. Il les accueille. La prière, l’adoration, la messe, la communion deviennent pour lui une nourriture. C’est dans ce sens qu’il dit : « La prière me paraît vitale. » Il la qualifie même de « meilleure nourriture ». La formule revient ensuite à propos des âmes du purgatoire, de l’Eucharistie et de la vie intérieure. La prière nourrit, soutient, fait revenir à Dieu, même quand ses fruits restent invisibles.

Le purgatoire et les fruits invisibles de la prière

Tony explique qu’il a depuis longtemps une dévotion pour les âmes du purgatoire. Il évoque des renoncements concrets, par exemple l’arrêt temporaire des boissons alcoolisées. Ce sont de petits efforts, mais ils prennent place dans une logique intérieure de prière, de solidarité invisible et d’intercession.

Dans la même ligne, il affirme qu’on ne connaît pas les fruits de nos prières, mais qu’ils sont pourtant réels. Pour lui, la prière est active. Elle peut être liée à des guérisons, à un approfondissement de la foi, à un retour à Dieu. Tout cela reste souvent invisible. Cependant, il y croit. On prie dans le silence, à l’adoration, à la messe, dans les déplacements.

Une vie transformée

Karine le dit nettement : depuis l’accident, une nouvelle vie a commencé. « C’est mon Tony, mais ce n’est pas tout à fait le même. » La phrase est sobre, mais elle dit beaucoup. Il y a continuité et transformation. Leur mariage, pourtant, ne s’est pas défait. Au contraire, elle affirme que leur sacrement est plus fort. Leur foi familiale a grandi. La foi de leurs enfants aussi. Leur paroisse, leurs amis, tout ce tissu de relations a compté dans la traversée de l’épreuve.

Elle raconte aussi que, lorsqu’on leur a dit que Tony était entre la vie et la mort, elle était sereine d’une certaine manière. Non pas parce qu’elle maîtrisait quoi que ce soit, ni parce qu’elle s’arrogeait un jugement sur son salut, mais parce qu’elle avait confiance. Elle dit qu’ils se disaient adieu tous les matins, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Elle croyait qu’il avait déjà le désir du ciel. Cela n’effaçait ni la douleur ni la peur, mais donnait une forme de paix intérieure devant l’éventualité de sa mort.

Demander, recevoir et partager la prière

Karine insiste : il faut demander la prière. Si nous n’avions pas constitué ce groupe, nous n’aurions peut-être pas reçu autant. Des personnes lui ont confié qu’elles avaient repris un chapelet oublié dans un tiroir. D’autres se sont mises à prier alors qu’elles ne le faisaient plus, ou pas du tout. Les amis de leurs filles se sont joints au mouvement. Les amis de Tony, notamment ceux du vélo, les ont aussi beaucoup soutenus. À travers cette épreuve, ils découvrent le cœur des gens.

Il ne faut pas hésiter à demander à Dieu, mais aussi à demander la prière à ses amis, puisque tous sont enfants de Dieu. Il y a là de vraies grâces. La prière ne se réduit donc pas à un geste individuel ; elle devient une circulation, une chaîne, une communion vivante entre les personnes, les familles, les proches, les saints et même les défunts. Ce point rejoint directement ce qu’ils ont découvert à Montligeon : une manière de prier qui relie les vivants et les morts dans l’espérance chrétienne.

Cette prière se nourrit de multiples visages : saint Charbel, saint Antoine de Padoue, sainte Marguerite-Marie, saint Raphaël, saint Cyrille, et plus largement « toute la cour céleste », dit Karine. La famille invoque régulièrement ces saints. Elle y trouve une aide concrète. L’épreuve n’a donc pas seulement resserré les liens humains ; elle a aussi élargi la conscience d’une communion plus vaste, qui inclut les saints et ceux qui les ont précédés.

Une vie à réécrire

Le témoignage ne se ferme pas sur une guérison achevée ni sur un équilibre retrouvé. Karine le dit sans détour : « nous sommes encore dans l’épreuve, ou plus exactement dans l’après ». Le plus dur est passé, mais rien n’est complètement derrière eux. Tout s’est arrêté le jour de l’accident. Tony a été hospitalisé. Elle a interrompu son travail. Les études et le quotidien des filles ont été bouleversés. Aujourd’hui encore, la famille est en train de réécrire sa vie.

Il leur faut désormais de la patience. Savoir attendre. Ne pas précipiter artificiellement les réponses. Elle le formule ainsi : le plus important n’est pas forcément de trouver tout de suite du travail, mais de savoir à peu près où ils vont. Pour l’instant, ils ne le savent pas encore. Ils savent seulement qu’il faut encore attendre.

Et pourtant, au milieu de cette attente, une chose demeure :
« même si nous avons encore besoin des prières de tous, on a aussi envie de partager nos prières. Il y a tellement de raisons de prier. »

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