Seigneur, aide-moi : retrouver la paix intérieure

Originaire de Montligeon, Fabrice Brulard a grandi tout près du sanctuaire et servi la messe dès son enfance. Pourtant, à 19 ans, marqué par l’alcoolisme de son père et les tensions familiales, il s’éloigne de l’Église pendant de longues années. Après d’autres blessures, un accident et une période de grande détresse, il revient peu à peu à la foi. Une parole du Christ sur le pardon devient alors décisive. Depuis janvier 2026, Fabrice est sacristain à Notre-Dame de Montligeon. Il raconte ce long chemin pour retrouver la paix intérieure.

Je m’appelle Fabrice Brulard, j’ai 46 ans et je suis originaire de Montligeon. Depuis le 17 janvier 2026, je suis sacristain au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon. Pourtant, mon chemin jusqu’ici a été long. Enfant, j’ai été servant de messe de l’âge de cinq ans jusqu’à mes vingt ans. J’étais particulièrement attaché à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ses paroles nourrissaient déjà en moi quelque chose de très simple : aimer les autres et aimer Jésus.

À la maison, la situation était plus difficile. Mon père était alcoolique. Lorsque j’étais petit, je ne m’en rendais pas forcément compte. J’allais avec lui au bar, il m’achetait des bonbons et j’étais content d’être avec lui. Pourtant, d’autres souvenirs sont restés. À l’adolescence, je me réfugiais beaucoup dans ma chambre. Il y avait les disputes entre mes parents, les cris, les portes qui claquaient, parfois les assiettes qui volaient lorsque mon père avait bu.

Je me demandais pourquoi Dieu n’intervenait pas. Pourquoi ne venait-il pas arrêter tout cela ? J’avais toujours cherché l’amour et la paix, mais j’en avais assez d’entendre les cris et les hurlements. À 19 ans, je suis donc parti à l’armée.

« Je suis parti à l’armée pour fuir, mais aussi pour pouvoir m’engager et pour me retrouver. » C’est aussi à ce moment-là que j’ai quitté Dieu.

Après les blessures, je ne voyais plus comment avancer

Les années ont passé. J’ai connu d’autres blessures et d’autres déceptions, dans mes relations, avec des amis ou dans ma famille. Plus récemment, mon frère m’a rejeté et m’a traité de fainéant. Ensuite, j’avais enfin trouvé un travail qui me plaisait dans une fromagerie. J’étais heureux d’y travailler. Mais une situation très difficile s’est installée avec une collègue. Je me sentais harcelé et diffamé.

J’ai parlé au médecin du travail et rencontré un psychologue du travail. J’avais constamment la boule au ventre. Après un entretien avec la direction des ressources humaines, quelque chose s’est effondré en moi. Cette nuit-là, j’ai eu l’impression que les ténèbres étaient tombées sur moi.

Le lendemain, dans un état de très grande détresse, j’ai voulu mettre fin à mes jours. J’avais pris des médicaments avant de partir travailler. Sur la route, j’ai eu un grave accident de voiture. J’ai été transporté à l’hôpital avec plusieurs fractures, notamment aux vertèbres, et d’autres blessures.

Je suis resté conscient pendant une partie de l’accident, mais j’ai très peu de souvenirs de ce qui s’est passé ensuite. Je me souviens des pompiers, puis de mon réveil à l’hôpital. Après cette période, une question demeurait : pourquoi rien n’avançait-il dans ma vie ? Je ne trouvais de paix ni dans mes relations ni dans le travail.

C’est alors que je suis allé parler à un prêtre du sanctuaire de Montligeon.

« Pardonne-leur » : une parole qui m’a fait revivre

Je lui ai expliqué que rien n’allait dans ma vie. Il m’a conseillé de participer à une prière de louange à Flers. J’y suis allé avec ma mère. Pendant l’adoration, nous avons vécu une expérience qui m’a profondément marqué : j’ai eu la conviction de voir le Christ dans l’hostie.

Sur le moment, j’en ai même plaisanté. En sortant, j’ai dit qu’ils avaient peut-être mis une « hostie truquée ». Pourtant, quelque chose avait changé. J’ai recommencé à prier et je suis revenu progressivement à l’église. Je me suis remis à aller à la messe chaque dimanche.

Puis, pendant le temps de la Passion en 2025, j’ai regardé le film de Mel Gibson sur la Passion du Christ. Au moment de la crucifixion, une parole a résonné très fortement dans mon cœur :

« Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Cette parole m’a touché parce qu’elle rejoignait directement ce que j’avais vécu. J’ai alors décidé de pardonner à mon frère. Il reste mon frère, il est de mon sang et je l’ai toujours aimé. Plus tard, au moment de mon licenciement de la fromagerie, j’ai également dit au directeur des ressources humaines que je lui en avais voulu, mais que je lui pardonnais.

Cette parole sur le pardon m’a fait revivre. Elle reste encore aujourd’hui dans mon cœur.

Prier pour les défunts fait aussi partie de mon histoire

Une autre expérience m’avait marqué bien avant ce retour plus profond à la foi. Deux jours après l’inhumation de ma grand-mère, je me suis couché et endormi. Peu après, j’ai senti une main se poser sur mon épaule. J’ai ouvert les yeux et j’ai vu une lumière. J’ai alors vu ma grand-mère près de mon lit pendant quelques instants avant qu’elle disparaisse.

J’avais grandi à Montligeon, dans un environnement profondément marqué par la prière pour les âmes du purgatoire. J’ai donc immédiatement relié ce que je venais de vivre à cette prière pour les défunts. Plus tard, nous en avons parlé à une sœur. Elle nous a répondu qu’elle voyait dans cette expérience une demande de prières.

Depuis, je prie beaucoup pour les défunts.

Cette histoire rejoint également celle de mon père. Avec le temps, j’ai essayé de mieux comprendre son parcours. Ses parents s’étaient séparés lorsqu’il était jeune. Il avait commencé à boire très tôt. Je me demande si cette séparation et le sentiment d’avoir été rejeté n’ont pas compté dans ce qui lui est arrivé.

Pendant mon enfance, j’avais surtout connu un père alcoolique. Aujourd’hui, je vois aussi l’homme qui s’est relevé. Cela fait environ vingt-cinq ans qu’il est abstinent. Il s’est engagé à son tour pour accompagner des personnes confrontées aux addictions. J’ai moi-même choisi de prendre des responsabilités dans ce domaine sur le secteur de La Ferté-Macé. Je suis fier de lui.

Dieu n’est pas venu quand je l’attendais

Pendant longtemps, une question m’est restée : pourquoi Dieu n’était-il pas intervenu plus tôt ? Pourquoi avait-il laissé durer les tensions, les disputes et tout ce que nous vivions à la maison ?

Je me la pose encore en regardant mon histoire. Cependant, aujourd’hui, je ne lui réponds plus de la même manière. « J’ai appris qu’il faut être patient. Dieu viendra tôt ou tard. Je pense qu’aujourd’hui, il m’a rattrapé. »

Je regarde aussi le chemin de ma mère, qui a connu plusieurs problèmes de santé et qui est aujourd’hui bénévole au sanctuaire. Elle donne de son temps pour le Seigneur. Quant à moi, je suis revenu à Montligeon d’une manière que je n’aurais probablement pas imaginée lorsque je suis parti à 19 ans. Depuis le 17 janvier 2026, je suis sacristain. Mon travail consiste à préparer la liturgie et la messe afin que tout soit prêt : les ornements, les calices, les ciboires. Je veille aussi à ce que tout soit propre. Pour moi, c’est aussi « nettoyer la maison de Dieu ».

J’ai commencé ce service le 17 janvier, jour anniversaire de l’apparition de la Vierge Marie à Pontmain. Aujourd’hui, je suis fier de cette mission, je suis heureux et, surtout, je me sens en paix.

Voir aussi la souffrance de l’enfant

Quand je regarde ce que j’ai vécu, je pense beaucoup aux enfants qui grandissent dans des situations semblables. Dans un couple confronté à l’alcool ou à d’autres difficultés, les adultes voient leurs propres problèmes, leurs disputes ou leurs souffrances. Mais il faut aussi regarder l’enfant.

L’enfant peut lui aussi souffrir profondément de ce qui se passe autour de lui. Certaines choses restent. Pour ma part, les cris, les disputes et les scènes vécues à la maison m’ont marqué longtemps après mon départ. Je crois également qu’il faut rompre la solitude. Il faut pouvoir trouver un bon entourage, parler et s’écouter. Dans un couple, ce n’est pas toujours facile, mais chacun doit pouvoir écouter l’autre. L’alcoolisme peut concerner un homme comme une femme. Derrière la difficulté des adultes, il ne faut pas oublier les conséquences pour les enfants.

Des prêtres ont également compté dans l’histoire de ma famille. L’un d’eux a notamment aidé mon père à accepter de se faire soigner. Je garde beaucoup de reconnaissance pour ceux qui ont été présents. Aujourd’hui, ce chemin ouvre même pour moi une nouvelle question. J’en ai parlé à mon père spirituel : je suis en discernement et j’ai le désir de devenir diacre permanent. Je crois que le Seigneur m’a laissé avancer sur mon chemin, puis qu’il m’a rattrapé.

« Seigneur, aide-moi »

J’ai longtemps porté beaucoup de colère. Après ce qui s’était passé au travail et après toutes les blessures accumulées, j’avais une véritable rage à l’intérieur. J’aurais pu devenir très violent. Pourtant, quelque chose en moi m’a retenu. J’ai choisi de ne pas agir ainsi et d’essayer de rester en paix.

Aujourd’hui, cette paix intérieure est ce que je veux préserver. Je veux pardonner à mon frère, à ma famille et à ceux qui m’ont blessé. Même face à quelqu’un qui aurait de la haine contre moi, la première parole que je voudrais pouvoir dire est : « Je te pardonne. »

Cela ne signifie pas que tout devient facile. Certaines situations continuent à me ronger. Mais je n’ai plus envie de me battre ni de régler mes comptes.

« J’ai envie de garder cette paix intérieure que j’ai en moi aujourd’hui. » Alors, quand quelque chose revient et que la colère commence à monter, je parle au Seigneur. Je l’appelle simplement.

Je lui dis : « Seigneur, aide-moi. » Et peu à peu, cela se calme.

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