Divorcée depuis neuf ans et mère de six enfants, Natacha participe chaque été à la session « Parents solos » du sanctuaire Notre-Dame de Montligeon. Elle l’a découverte en 2019 et y revient depuis sans exception, accompagnée au fil des années par plusieurs de ses enfants. Elle raconte l’accueil reçu, les liens tissés avec d’autres parents et ce qu’elle trouve dans cette session : un lieu où les difficultés de sa vie sont écoutées sans jamais résumer toute son existence, et où ses enfants peuvent eux aussi rencontrer d’autres jeunes vivant des histoires familiales proches de la leur.
Natacha est mère de six enfants âgés de 8 à 25 ans. Divorcée depuis neuf ans, elle vient à Montligeon pour la huitième fois à la session « Parents solos ». Cette année, elle est accompagnée d’Agathe, sa plus jeune fille, âgée de 8 ans. Les premières années, plusieurs de ses aînés venaient également avec elle. Certains ont désormais passé l’âge de participer à la session. Natacha ne connaissait pourtant pas cette proposition lorsqu’elle est arrivée pour la première fois au sanctuaire. Enseignante et directrice d’une petite école hors contrat de l’Essonne, elle avait initialement découvert Montligeon grâce à une collègue et à une proposition alors appelée « pause enseignants ». Sur place, elle consulte le programme de l’été et découvre l’existence d’une session destinée aux parents solos. Elle décide d’y revenir avec trois de ses enfants. C’était à l’été 2019.
Une première session entre profondeur et bonne humeur
De cette première semaine, Natacha garde d’abord le souvenir des relations nouées avec d’autres parents. Certains liens ont traversé les années. Elle est notamment restée proche de l’une des participantes rencontrées à cette occasion. Elle se souvient également de l’accueil reçu de la part des chapelains de Montligeon. Un accueil qu’elle décrit à la fois comme « profond, extrêmement bienveillant » et très détendu.
« On a beaucoup, beaucoup ri », se souvient-elle. Le thème de la session portait pourtant cette année-là sur le mal, avec don François. Les participants arrivaient eux-mêmes avec des histoires familiales difficiles. Cela n’a pas empêché les moments de détente et les échanges entre parents. « Alors que la réalité de nos vies était difficile, nous avons ri, nous nous sommes enrichis les uns les autres. »
C’est aussi pour cela que Natacha revient depuis lors. Elle retrouve à Montligeon une manière de prendre en compte ce qu’elle vit sans l’enfermer dans ses difficultés. « Ici, on a vraiment l’impression qu’on prend soin de nous dans toutes les dimensions de notre vie. »
Ne pas être réduite à sa situation de parent solo
Pendant la session, les difficultés concrètes des participants sont écoutées. Cependant, Natacha insiste tout autant sur les enseignements qui leur sont proposés. Enseignante elle-même, elle apprécie particulièrement de pouvoir continuer à nourrir son intelligence.
« On n’est pas réduits à la réalité difficile de notre vie d’élever seules nos enfants. Nous sommes vraiment pris comme tout être humain et nourris dans toutes les dimensions de notre être. » Cette manière d’accueillir une personne lui rappelle ce qu’elle essaie elle-même de vivre dans son métier. Dans son école, elle cherche à recevoir les élèves qui lui sont confiés avec leur corps, leur cœur et leur intelligence, afin de les faire grandir dans chacun de ces domaines.
À Montligeon, elle dit trouver pour elle-même quelque chose de comparable. La session ne concerne d’ailleurs pas uniquement les parents. Les enfants sont eux aussi accueillis avec leur propre histoire. Pour Natacha, cette dimension compte particulièrement. Dans son environnement habituel, sa plus jeune fille grandit avec des enfants bien entourés et appartenant souvent à des familles unies. À Montligeon, elle rencontre aussi des enfants dont les parents sont séparés, qui ont perdu l’un de leurs parents ou qui ont été abandonnés par l’un d’eux.
Pour les enfants aussi, « on prend soin d’eux »
Natacha souligne l’attention donnée aux enfants pendant la session par les sœurs du Rosier de l’Annonciation, les séminaristes et les prêtres présents. « On prend vraiment soin d’eux, on prend soin de nous. »
Elle insiste également sur l’atmosphère dans laquelle cette attention est vécue : la bonne humeur, mais aussi la présence de la basilique et la prière pour les défunts. C’est à cet endroit de son témoignage qu’elle précise ce que cette présence change dans sa manière de regarder les difficultés traversées.
« Nos réalités sont mises dans la perspective de la vie éternelle. Et ça, ça change tout. » Que reste-t-il de ces séjours dans le cœur de ses enfants ? Natacha répond avec prudence, en distinguant chacun d’eux.
Pour son aînée, elle sait que l’expérience a compté. Sa fille lui en a parlé. Elle avait cependant déjà 13 ou 14 ans lors de sa première venue et se trouvait nettement plus âgée que les autres enfants présents. Elle n’est donc pas revenue les années suivantes : il aurait fallu, estime Natacha, davantage de jeunes de son âge pour qu’elle trouve vraiment sa place dans le groupe.
Augustin avait environ 9 ou 10 ans lorsqu’il est venu pour la première fois. Plus secret, il a moins parlé à sa mère de ce qu’il avait vécu. Natacha pense néanmoins que ces séjours l’ont marqué. Agathe, en revanche, manifeste très clairement son attachement à la session. Elle y revient chaque année « avec beaucoup, beaucoup de joie ».
Revenir chaque année, puis donner à son tour
Depuis sa première participation en 2019, Natacha est revenue chaque été. Tant que ses enfants auront l’âge de participer à la session, elle pense continuer à le faire. Au terme de son témoignage, elle tient surtout à exprimer sa reconnaissance envers ceux qui rendent ces rencontres possibles. Elle pense aux prêtres et aux consacrés qui accompagnent les familles, mais également aux bénévoles qui donnent de leur temps. Elle cite notamment Marie-Hélène.
Après plusieurs années passées à recevoir, Natacha envisage désormais ce qu’elle pourrait à son tour apporter au sanctuaire. « J’espère un jour pouvoir donner à ce sanctuaire tout ce que j’ai reçu. Enfin tout, certainement pas, mais un petit peu de mon temps. » Et elle termine simplement : « On reçoit et c’est important de donner. »




