Après la mort, résurrection ou réincarnation : la foi chrétienne peut-elle accueillir l’idée de réincarnation ? Instinctivement, la réponse semble négative, puisque les chrétiens professent la résurrection des morts, et non le retour d’une âme dans un autre corps. Pourtant, cette idée, héritée à la fois de traditions hindouistes, de certaines philosophies grecques et de représentations contemporaines, séduit de plus en plus d’Occidentaux. Dans cette émission Sanctuaires normands, Don Paul Denizot précise ce que la foi chrétienne affirme sur l’âme, le corps, la résurrection et la destinée ultime de la personne humaine.
Qu’est-ce que la réincarnation ?
La réincarnation, également appelée métempsychose, désigne le passage d’un principe spirituel, l’âme, d’un corps à un autre après la mort. Elle est définie comme « le mouvement d’un principe spirituel de l’âme qui, après une première vie, change de corps et va trouver un autre corps pour continuer un cycle d’incarnations successives ».
Dans certaines philosophies grecques, ce cycle conduit à rejoindre un principe d’origine. Dans l’hindouisme, il mène au nirvana, c’est-à-dire à une dépersonnalisation dans le grand Tout au terme de différentes réincarnations. La réincarnation suppose ainsi une succession de vies avant d’atteindre un terme.
« La réincarnation, c’est le mouvement d’un principe spirituel qui change de corps dans un cycle d’incarnations successives. »
Résurrection ou réincarnation : quelles différences ?
Chrétiens et partisans de la réincarnation affirment la survie d’un principe spirituel après la mort, appelé l’âme. Mais les différences entre résurrection et réincarnation sont décisives.
La foi chrétienne affirme l’unité profonde de l’âme et du corps. « Nous croyons que nous avons un seul corps, c’est le corps de mon âme et c’est l’âme de mon corps. » Le corps n’est pas une enveloppe provisoire ni un tombeau de l’âme. Il est constitutif de la personne. « Je suis les deux, radicalement, profondément, âme et corps. »
La réincarnation implique une succession de corps au fil de vies multiples. La résurrection, au contraire, signifie retrouver son propre corps, transformé, « dans un état stable et définitif ». La personne ne se dissout pas dans un « grand Tout ».
« Dans la résurrection, je reste moi-même. Ma personne est appelée à s’accomplir définitivement, âme et corps. »
Dans la résurrection, elle demeure elle-même. La question de la compatibilité entre réincarnation et foi chrétienne engage donc une vision précise de la personne humaine.
Que savons-nous du corps ressuscité ?
La question du corps ressuscité a été vivement contestée dans les premiers siècles. Des philosophes grecs et romains ont contesté ce point, car ce corps glorieux demeure impossible à décrire.
Cependant, les chrétiens croient que la résurrection du Christ en donne une lumière. « Cette résurrection nous dit quelque chose du corps ressuscité. »
Les récits évangéliques montrent que le Christ ressuscité est bien le même. Il porte les stigmates de sa Passion. Il entretient une relation personnelle avec chacun. Pourtant, il est différent. Marie-Madeleine le prend pour le jardinier. Les disciples d’Emmaüs marchent avec lui sans le reconnaître. Au Cénacle, Jésus montre ses mains et ses pieds et mange devant eux : « Regardez, c’est bien moi. »
« C’est bien le Christ, mais il est différent, et il est reconnu dans la relation. »
Il n’est pas un fantôme. Il est « fait de chair et d’os ». En d’autres termes, la résurrection ouvre un “nouveau mode d’être”, avec un corps spiritualisé et glorifié. Cette réalité dépasse notre raison.
Peut-on être catholique et croire en la réincarnation ?
Don Paul répond sans détour : « Je ne crois pas. »
La raison est doctrinale. La foi catholique affirme qu’« il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement », selon l’épître aux Hébreux. Il n’y a pas de cycle de vies successives. Il y a une vie unique, un jugement particulier, puis l’attente de la résurrection lors de la venue définitive du Seigneur, la parousie.
Cet état sera « stable et définitif », pour les glorifiés comme pour les damnés. La réincarnation suppose au contraire des retours successifs dans d’autres corps. Les deux visions sont incompatibles : on ne peut affirmer à la fois un jugement unique et un cycle de renaissances.
Pourquoi refuser la réincarnation ?
Trois arguments principaux sont avancés. D’abord, l’unité de la personne : l’âme et le corps ne se juxtaposent pas. Le corps dit quelque chose de la personne, et l’âme est faite pour ce corps précis. Ensemble, ils forment un composé unique.
Ensuite, la justice : attribuer une souffrance présente à des actes commis dans des vies antérieures pose un grave problème. Une justice doit pouvoir être comprise par celui qui la subit. Dire à un enfant handicapé qu’il paierait des fautes passées paraît injuste, puisque la personne ignore ce qu’elle expierait. Enfin, l’amour : la réincarnation implique un effacement des relations vécues. « J’ai aimé des personnes, j’ai aimé mes enfants, et puis au terme de ma vie, j’efface tout et je recommence. » Cette perspective contredit l’intuition fondamentale de l’amour humain.
On n’aime
pas en CDD !
Il précise : « Quand on aime quelqu’un, on porte cette intuition que ça ne peut pas se terminer. Sinon, ce n’est pas de l’amour. »
Il observe également que, dans le contexte occidental, la réincarnation prend souvent une forme idéalisée : « Ils ont été une princesse perse… Ils n’ont jamais été une mouche ou une biquette. » Cette vision romantique atténue la portée réelle de la doctrine de la réincarnation.
Karma, justice et responsabilité
La question du karma est fréquemment associée à la réincarnation. Cependant, elle diffère clairement de la foi chrétienne. Les chrétiens croient qu’ils seront jugés sur l’amour au terme de leur vie. Il existe une justice, mais elle concerne la vie réellement vécue.
Le karma suppose que la situation présente dépend d’actes accomplis dans des vies antérieures inconnues. « Une justice doit être expliquée à celui qui est puni. Sinon, elle devient arbitraire. » Si l’on ignore la cause d’une souffrance, cette justice devient aveugle.
Pourquoi la réincarnation séduit-elle aujourd’hui ?
Cette tendance révèle un rapport difficile au corps. Déjà dans l’Antiquité, certains philosophes considéraient le corps comme le tombeau de l’âme. Lorsque saint Paul annonce la résurrection, cette idée provoque le rejet.
La révélation biblique affirme au contraire que le corps est voulu par Dieu. L’homme n’est pas un ange. Il est appelé à vivre dans un corps, avec ses limites et sa fragilité. Le corps est le lieu de la relation. Il permet le regard, le geste, la présence. Il rend possible l’amour. « L’amour, c’est pour toujours. Sinon, ce n’est pas de l’amour. »
Finalement, après la mort, résurrection ou réincarnation ne renvoient pas à la même vision de l’homme. La réincarnation n’est pas compatible avec la foi chrétienne, qui confesse la résurrection des morts, un jugement unique et un état stable et définitif.
« Je crois à la résurrection, et la résurrection est bien plus belle que la réincarnation. »




