Guy, le diacre du sanctuaire

Après une jeunesse marquée par la rupture et l’errance, Guy Berthier découvre la foi dans une abbaye cistercienne. Aujourd’hui diacre au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, il revient sur son parcours, son appel et sa mission au service des pèlerins et des personnes en deuil.

Le diaconat correspond au premier degré du sacrement de l’ordre parmi les trois degrés que sont le diaconat, le sacerdoce et l’épiscopat. Le diacre est configuré au Christ en tant que serviteur. Il ne célèbre pas la messe, il ne confesse pas. En revanche, il peut baptiser, bénir, présider certaines célébrations et prier. Il a une place spécifique dans la liturgie. Il existe des diacres qui se destinent au sacerdoce, mais les diacres permanents restent diacres toute leur vie. Depuis le concile Vatican II, ce ministère a été restauré pour permettre à des hommes, notamment mariés, de servir l’Église.

Guy Berthier, diacre permanent au sanctuaire

 À qui s’adresse le diaconat ?

Le diaconat s’adresse à tout homme baptisé qui ressent un appel après discernement de l’Église. Il peut être marié ou célibataire. Si l’on est marié, il faut avoir déjà vécu un certain temps de vie conjugale. Ce service demande une disponibilité, une foi solide et des qualités humaines. Il s’exerce en lien avec une vie professionnelle. Et le travail devient aussi un lieu d’apostolat.

« Là où je suis, c’est là que je témoigne. »

 Ma rencontre avec Dieu

Après la séparation de mes parents, je suis un peu « parti en vrille », comme on dit. J’ai quitté la maison, je me suis mis à faire la route, je suis parti à l’étranger. J’ai vécu une vie de patachon. Je faisais donc des travaux saisonniers pour vivre : je ramassais des fraises, je cueillais des pêches dans le sud, je ramassais des pommes. Et puis j’ai été appelé par le Seigneur. J’ai entendu dire qu’il y avait des moines, dans le Maine-et-Loire, à l’abbaye Notre-Dame de Bellefontaine, qui cherchaient des saisonniers pour la récolte des pommes. J’y suis allé simplement pour travailler. Et là, j’ai rencontré le père hôtelier, un saint moine m’a accueilli. Doucement, avec beaucoup d’intelligence et de tact, il m’a interpellé et m’a parlé du sens de ma vie. En même temps, je voyais les moines vivre. Ils travaillaient dans le jardin, ils avaient l’air bien dans leur peau, heureux. Cela m’a profondément touché.

Petit à petit, cela a travaillé en moi et « Je me suis laissé apprivoiser. »

Ma conversion

À ce moment-là, j’étais déjà en couple avec celle qui est devenue mon épouse. Le père hôtelier nous a accompagnés. Il m’a fait comprendre qu’il serait peut-être bon que nous nous mariions. J’avais été baptisé, j’avais fait ma première communion, mais nous étions en dehors de l’Église, un peu marginalisés. Ce moine nous a catéchisés et préparés au mariage. Puis il nous a mariés dans une petite chapelle annexe de l’abbaye. Et lorsque notre premier enfant est né, il a été baptisé dans ce même lieu.

« Nous avons été façonnés par l’esprit des moines cisterciens, par le monachisme et leur spiritualité. »

Cela nous a profondément marqués. Cela s’est imprimé en nous avec beaucoup de joie. « Quand j’y repense, c’est une grande grâce. » C’est là que je suis revenu à la foi. Ensuite, nous avons rejoint des communautés nouvelles pendant un temps. Aujourd’hui, je suis marié, père de famille de deux grands enfants — un fils de 50 ans et une fille de 44 ans — et grand-père de quatre petits-enfants.

Mon appel au diaconat

Le diaconat est un appel. C’est un diacre dans le diocèse où je vivais qui m’a interpellé. C’était mon employeur, qui était également le directeur de l’établissement où je travaillais comme éducateur spécialisé. Il m’a demandé si j’avais pensé au diaconat. Cela correspondait déjà à un chemin intérieur. Après ma conversion, vers 22 ou 23 ans, j’avais redécouvert la foi et j’avais un fort désir de la vivre. Avec mon épouse, nous avons vécu un temps en communauté nouvelle, puis nous avons quitté cette forme de vie. Je ressentais alors qu’il me manquait quelque chose.

« Cette aspiration au diaconat est venue remplir ce vide. »

C’était un appel à me donner davantage au service de l’Église. J’ai commencé par une journée de découverte, puis une année de discernement, avec la possibilité de s’arrêter. Ensuite, la formation a duré environ six ans.

Pourquoi Montligeon ?

Nous sommes arrivés à Montligeon il y a huit ans, au moment de notre retraite. J’étais éducateur spécialisé, puis aumônier dans un hôpital psychiatrique pendant dix ans. Au moment de la retraite, nous avons réfléchi à l’orientation de cette nouvelle étape. Nous voulions nous rapprocher de notre famille dans l’ouest de la France, et mon épouse avait le désir de vivre à la campagne. De mon côté, je craignais un certain désert spirituel. Nous avons donc cherché un lieu proche d’un sanctuaire ou d’une communauté. Nous avons envisagé plusieurs lieux.

« À Montligeon, les portes se sont ouvertes. »

Le logement, pourtant plus cher que prévu, a été rendu accessible. Tout s’est enchaîné de manière étonnante. « C’était le Seigneur qui avait préparé cela. »

Mes missions à Montligeon

Comme tous les chapelains j’accueille les pèlerins et je participe à l’écoute dans les sessions Consolation deuil ou Halte deuil. Je participe au service de la liturgie, c’est-à-dire les offices religieux. Je rédige également des textes, des méditations, pour différentes publications : Chemins d’éternité, le supplément pour le chapelet, et d’autres supports.

Le deuil à Montligeon

En arrivant, je n’étais pas particulièrement sensibilisé à la question des défunts. Ce n’était pas un sujet qui m’attirait particulièrement. Je ne raffolais pas des célébrations de funérailles. Mais ici, j’ai découvert cette souffrance, celle de la perte d’un être cher, et cela m’a bouleversé.

« Et en même temps, j’ai découvert derrière cette souffrance, cette formidable espérance chrétienne qui est un moteur. »

Les personnes se livrent avec beaucoup de vérité mais aussi de pudeur. Elles cherchent un sens à ce qu’elles vivent. Et cela crée des rencontres très touchantes. Ce qui me touche aussi beaucoup, c’est que les personnes, quand elles viennent ici trouvent le lieu sublime. Elles disent : c’est merveilleux, c’est un cadre magnifique, c’est un lieu habité par la prière. Je me dis alors que nous avons beaucoup de chance d’être là.

Je relis ce parcours comme une succession de circonstances et de rencontres imprévues. Pourtant mon chemin s’est construit peu à peu, me ramenant vers la foi et un engagement pour l’église, comblant ainsi mon besoin de spiritualité. Aujourd’hui, je continue de servir Dieu à Montligeon, en écoutant et accompagnant les personnes grâce à cette espérance qui traverse la mort.

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