Restauration des vitraux du chœur sud à l’atelier Gouty

Le 17 juin 2026, les vitraux du chœur sud de la basilique Notre-Dame de Montligeon étaient en cours de restauration à l’atelier Gouty. Déposés, inventoriés, photographiés puis démontés, ils retrouvent peu à peu leur éclat grâce à un travail minutieux de nettoyage, de réparation et de remontage.

Les travaux de restauration des vitraux de la basilique de Montligeon avancent en atelier

Les travaux de restauration des vitraux de la basilique de Montligeon se poursuivent. Après la dépose des vitraux du chœur sud, les panneaux ont été transportés jusqu’à l’atelier Gouty, où commence une étape discrète, mais essentielle : la restauration proprement dite.

Avant toute intervention, chaque vitrail est scotché, numéroté, inventorié et photographié recto verso. Cette méthode permet de documenter précisément l’état initial des panneaux et de garantir leur bonne repose dans la basilique. Rien n’est laissé au hasard. Chaque élément doit retrouver sa place.

Travaux-Vitraux-Cyril-Gouty - Les vitraux à l'arrivée en atelier
Travaux-Vitraux-Cyril-Gouty – Les vitraux à l’arrivée en atelier

Dans l’atelier, les vitraux sont ensuite déposés sur des planches de travail. Certains panneaux sont entièrement démontés : les verres sont mis à nu, tandis que les anciens plombs, qui assuraient la liaison entre les pièces, sont retirés. Les traces de vieux mastic apparaissent encore. C’est à partir de cet état que commence le nettoyage, puis la reprise des pièces peintes, des casses éventuelles et des zones fragilisées.

Le travail peut sembler technique. Il est surtout patient. Chaque pièce de verre appartient à un ensemble, comme dans un grand puzzle, et chaque geste engage la conservation d’un patrimoine.

Conserver les pièces anciennes plutôt que les remplacer

L’un des principes majeurs de cette restauration consiste à conserver autant que possible les pièces d’origine. Lorsqu’un verre est cassé, les restaurateurs ne le remplacent pas automatiquement. Ils cherchent d’abord à le réparer.

Pour cela, plusieurs techniques existent. Le Tiffany, par exemple, consiste à poser un très fin ruban de cuivre autour des cassures. Ce ruban est ensuite étamé, afin de maintenir les morceaux ensemble. Dans d’autres cas, une résine colorée permet de recoller une pièce et de conserver son aspect d’origine.

Le restaurateur l’explique clairement : « On ne remplace jamais les pièces dans la mesure où ce sont des vitraux qui vont être classés aux monuments historiques d’ici sûrement 50 ans à 100 ans. » Il ajoute que la DRAC et les laboratoires des monuments historiques préconisent de conserver « à 100 % la totalité des pièces ».

Ainsi, la restauration ne cherche pas à fabriquer du neuf. Elle vise à prolonger la vie des vitraux, en respectant leur histoire, leur matière et leur facture d’origine.

Aude, stagiaire Olivier de Serre répare les vitraus cassé avec la technique du Tiffany
Aude, stagiaire Olivier de Serre répare les vitraux cassés avec la technique du Tiffany

Nettoyer, sertir, souder : le vitrail reprend forme

Après le démontage, les pièces de verre sont nettoyées avec soin. L’eau déminéralisée, la paille de fer et le grattoir permettent de retirer les salissures sans abîmer les surfaces. Peu à peu, les peintures réapparaissent. Les visages, les détails et les couleurs se révèlent à nouveau.

Vient ensuite le remontage. Les pièces sont replacées dans le bon ordre, puis serties dans de nouveaux plombs. Le plomb protège le verre, le maintient et empêche les pièces d’entrer directement en contact les unes avec les autres. Sans cette séparation, le verre risquerait de s’écailler ou de se fragiliser avec le temps.

Une fois le panneau remonté, les soudures fixent l’ensemble. Le vitrail retrouve alors sa structure. Là où le plomb ancien avait perdu sa tenue, le nouveau réseau redonne solidité et lisibilité au panneau. Selon l’un des restaurateurs, « avec ces nouveaux plombs, le vitrail va repartir pour un siècle de plus ».

Ivanhoé, certissage au plomb avec gants de protection
Ivanhoé, certissage au plomb avec gants de protection

Des vitraux du XIXe siècle bien conservés

Les vitraux du chœur sud de la basilique Notre-Dame de Montligeon datent du XIXe siècle. Malgré leur âge, ils apparaissent globalement bien conservés. Les restaurateurs notent peu de casses, même si certains panneaux ont subi l’usure du temps.

Leur hauteur a aussi contribué à leur protection. Situés à environ trente mètres, ils ont été peu exposés aux chocs humains. Les dégradations proviennent plutôt de la vieillesse, de l’affaissement naturel des panneaux ou, parfois, d’oiseaux venant heurter les verrières.

Ivanhoé, assemblage des pièces restaurées, sous le regard de don Maurice Franc, chapelain.

L’épaisseur irrégulière des verres attire également l’attention. Elle s’explique par leur fabrication. Les plaques de verre étaient soufflées à la bouche. Cette technique produit des variations naturelles : certaines zones sont plus fines, d’autres plus épaisses. Or, l’épaisseur modifie aussi la couleur. Plus le verre est dense, plus la teinte paraît saturée ; plus il est fin, plus elle devient claire. Chaque plaque possède donc sa singularité. Aucun verre n’est exactement semblable à un autre. C’est aussi cette diversité qui donne aux vitraux leur richesse lumineuse.

Une restauration qui révèle la beauté cachée des vitraux

Pour les jeunes professionnels et stagiaires présents à l’atelier, cette restauration constitue aussi une expérience de formation. L’une des stagiaires, venue de l’école Olivier de Serres à Paris, découvre notamment le travail de restauration, qu’elle ne pratique pas à l’école.

Elle décrit l’émotion de travailler sur ces pièces anciennes : « On se retrouve avec des pièces magnifiques, des grands visages peints, des pièces anciennes que je n’avais jamais eues entre les mains. » Au fil des étapes, le regard change. D’abord dispersés sur la table, les morceaux de verre reprennent leur cohérence. Ensuite, lorsqu’ils sont remis à la lumière, les panneaux restaurés révèlent toute leur composition.

La restauration des vitraux de la basilique de Montligeon ne se voit pas encore depuis la nef. Pourtant, elle prépare le retour de ces verrières dans le chœur sud. Nettoyées, réparées, consolidées, elles pourront reprendre leur place et continuer à diffuser leur lumière dans la basilique.

Ces travaux rappellent que le patrimoine se transmet par des gestes précis, souvent invisibles. Derrière chaque vitrail restauré, il y a une mémoire conservée, un savoir-faire transmis et une attention concrète portée à la beauté d’un lieu de prière.

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