Pourquoi un prêtre béninois en mission d’études en Suisse choisit-il de passer un mois au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon ? Le père Mellon Hounton raconte comment il a découvert ce lieu consacré à la prière pour les défunts, dont la spiritualité lui était déjà familière au Bénin. Au fil de son séjour, il a partagé la mission des chapelains, rencontré des pèlerins venus d’horizons très différents et approfondi sa réflexion sur la vie chrétienne. Pour lui, Montligeon manifeste concrètement la dimension universelle de l’Église et rappelle que la prière pour les fidèles défunts rejoint tous les peuples.
Une vocation au service de l’Église du Bénin
Le père Mellon Hounton est prêtre du diocèse de Porto-Novo, au Bénin. Il poursuit actuellement des études de théologie en Suisse. Sa présence en Europe s’inscrit dans un projet pastoral porté par son évêque, qui souhaite envoyer certains prêtres se former afin qu’ils puissent ensuite mettre leurs compétences au service de leur diocèse. Comme il l’explique, cette possibilité est née des liens entretenus entre évêques et des occasions offertes par leurs rencontres. Grâce à une bourse d’études, il a pu rejoindre la faculté de théologie de Lugano avant d’envisager un séjour en France. Son objectif n’était pas seulement de découvrir un nouveau pays, mais également de vivre un temps de ressourcement spirituel. « Mon évêque, Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo voulait envoyer un prêtre acquérir des compétences pour revenir au service pastoral de son diocèse et de l’Église au Bénin. »
Pourquoi venir à Notre-Dame de Montligeon ?
Le choix de Notre-Dame de Montligeon ne s’est pas fait par hasard. Avant même de découvrir le sanctuaire, le père Mellon connaissait déjà sa spiritualité. Au Bénin, la prière pour les fidèles défunts occupe une place importante dans la vie de nombreux catholiques. Il existait déjà, lorsqu’il était séminariste, des groupes de prière consacrés aux âmes du purgatoire auxquels il participait. Lorsqu’il prépare son voyage en France, il cherche donc un lieu où cette spiritualité est vécue de manière particulière. Connaissant déjà quelques personnes liées au sanctuaire, il prend contact avec Montligeon. Les portes lui sont ouvertes et il est invité à venir partager pendant un mois la vie de la communauté.
Le centenaire du sanctuaire au Bénin en novembre 2023 a lui fait également prendre conscience de son rayonnement international. Cette dimension universelle fait écho à ce qu’il connaît déjà dans son pays et renforce son désir de découvrir ce lieu de l’intérieur. « La spiritualité que porte ce sanctuaire est une spiritualité que nous portons aussi. La prière pour les fidèles défunts est très forte chez nous. »
Un mois au rythme de la mission des chapelains
Pendant son séjour, le père Mellon partage la vie quotidienne des chapelains. Il participe aux différentes missions assurées auprès des pèlerins : célébration des messes, accompagnement spirituel, écoute des personnes qui viennent se confesser ou simplement rencontrer un prêtre. Cette expérience lui permet de découvrir concrètement la mission pastorale du sanctuaire. Au-delà des activités elles-mêmes, il retient surtout l’atmosphère spirituelle qui s’en dégage. Les rencontres, les échanges et la profondeur de la vie de prière constituent, selon lui, l’un des grands enseignements de ce mois passé à Montligeon. « Ce fut un beau moment de rencontre, d’échanges, de découverte et surtout de profondeur, parce que le programme spirituel du sanctuaire est merveilleux. »
Des rencontres qui nourrissent la réflexion pastorale
Au cours de ce mois, plusieurs événements organisés au sanctuaire marquent le père Mellon Hounton. Le premier est la bénédiction des motards, organisée au lendemain de son arrivée. Il découvre une assemblée composée non seulement de croyants pratiquants, mais aussi de personnes venues confier leur route et leur groupe au Seigneur. L’homélie de don Paul Denizot retient particulièrement son attention. Il observe qu’elle rejoint aussi des personnes qui ne partagent pas forcément la foi chrétienne, mais qui comprennent l’importance des liens qui les unissent. Cette célébration lui montre qu’un sanctuaire peut accueillir largement tout en annonçant l’Évangile. « J’ai rencontré des gens qui étaient joyeux d’assister à la messe, de voir bénir leur moto et de voir bénir leur groupe. Cela m’a beaucoup touché et m’a donné des idées pour notre pays. »
Une autre expérience le marque : la marche des pères de famille. Il reconnaît qu’il appréhendait cette longue marche de plus de dix-sept kilomètres, la première de sa vie. Pourtant, cette journée lui permet de partager les joies, les difficultés et les espérances des participants. Au-delà de l’effort physique, il découvre une manière originale de vivre le pèlerinage. Cette initiative lui paraît suffisamment riche pour inspirer des propositions pastorales dans l’Église au Bénin.
Des pèlerins en quête de soutien spirituel
Le père Mellon évoque également la session consacrée aux parents solos et aux grands-parents. Il précise qu’il ne les a pas accompagnés directement, même s’il a participé à une sortie avec certains d’entre eux et entendu le bilan dressé par ses confrères. Son regard reste volontairement prudent. Il ne prétend pas parler à la place des participants. En revanche, ce qu’il a pu observer l’a marqué : de nombreuses personnes semblaient rechercher un soutien spirituel et des paroles capables de leur redonner courage. « Beaucoup étaient à la quête d’un soutien spirituel, à la quête de paroles qui leur redonnent de la force, de paroles qui les refont de l’intérieur. »
Une vie chrétienne fondée sur la rencontre avec le Christ
Le témoignage du père Mellon rejoint ensuite un sujet plus personnel. Revenant sur une homélie qu’il a prononcée quelques jours auparavant, il explique que la tiédeur ne peut pas caractériser la vie chrétienne.
Pour lui, le chrétien reçoit sa force du Christ. Puisque Jésus demeure avec ceux qui croient en lui, il n’y a pas de raison de vivre dans la peur ou dans la résignation. Cette conviction ne repose pas sur les seules qualités humaines, mais sur la présence du Christ. Il résume cette conviction par une image forte : « Le chrétien est un homme enflammé, puisqu’il porte en lui la flamme qui est Jésus-Christ. »
Cette réflexion le conduit naturellement à citer Benoît XVI et les premières lignes de l’encyclique Deus Caritas Est. Il rappelle que la foi chrétienne ne naît pas d’une idée ou d’une théorie, mais d’une rencontre avec une personne. En relisant sa propre vie à la lumière de cette affirmation, il ne prétend pas être arrivé au terme du chemin. Il préfère parler d’une marche patiente avec le Christ, dans laquelle il cherche chaque jour à mieux le connaître et à suivre la route qu’il lui indique.
Une vocation née dans une famille catholique
Le père Mellon Hounton raconte qu’il est né dans une famille catholique pratiquante. Très jeune, son curé l’invite à envisager le séminaire. À cette époque, il refuse d’abord cette proposition. Puis, quelque temps plus tard, il revient de lui-même vers le prêtre pour lui dire qu’il souhaite finalement entreprendre ce chemin. Il intègre alors le groupe des aspirants, passe les épreuves d’admission et poursuit sa formation au séminaire. Avec le recul, il reconnaît cependant qu’à cette période il ne mesurait pas encore pleinement ce que signifiait devenir prêtre. C’est après son ordination qu’il prend davantage conscience de son identité chrétienne et sacerdotale. Certaines expériences vécues dans son ministère lui font comprendre que son action ne peut porter du fruit qu’en demeurant uni au Christ. « J’ai pris conscience de mon identité de chrétien, puis de prêtre. J’ai compris qu’il me fallait être avec le Christ, parce que sans lui je ne pouvais rien. » Aujourd’hui encore, il décrit sa vie spirituelle comme un chemin. Il cherche à demeurer proche du Christ, à recevoir de lui ce dont il a besoin pour son ministère et à répondre à son amour.
Découvrez les groupes de prière de Montligeon :
Un sanctuaire international pour tous les peuples
À la fin de son témoignage, le père Mellon revient sur ce qui l’a le plus marqué durant son séjour : le caractère international de Notre-Dame de Montligeon. Il confie avoir été surpris de constater que le sanctuaire est parfois mieux connu à l’étranger qu’en France. Au Bénin, la spiritualité de Montligeon est déjà présente à travers les groupes de prière pour les fidèles défunts. En arrivant sur place, il découvre un lieu où cette mission est vécue quotidiennement et qui accueille des pèlerins venus de nombreux pays. C’est pourquoi il adresse d’abord une invitation aux chrétiens de France : venir découvrir le sanctuaire, ne serait-ce que le temps d’un week-end, afin de faire l’expérience de cette spiritualité. Selon lui, la prière pour les défunts concerne chacun. Toute personne a connu un proche, un parent ou un ami disparu. Venir prier à Montligeon permet alors de nourrir la foi, mais aussi de sortir d’une logique de repli sur soi pour approfondir la relation qui continue à unir les vivants et leurs défunts. Il élargit enfin son appel à tous ceux qui ne pourront pas venir jusqu’au sanctuaire. Ils peuvent néanmoins confier leurs intentions à la Fraternité Notre-Dame de Montligeon et s’unir à la prière qui y est portée chaque jour. « À défaut de venir, qu’on confie ses intentions à ce sanctuaire qui prie pour les âmes défuntes. Je crois que nous pouvons tous bénéficier de cette prière. »




