Le deuil d’un fils

À l’occasion de la semaine deuil de mars 2026, Chantal et Gilles témoignent du deuil de leur fils François-Loïs, mort à 37 ans d’un cancer, après plusieurs années de sclérose en plaques. Ils racontent une épreuve traversée dans la foi, la prière et l’amitié, et disent comment leur fils continue de les tourner vers l’espérance et la communion avec ceux qui nous précèdent au ciel.

Nous avons quatre enfants et notre quatrième est au ciel depuis deux ans

Nous avons quatre enfants et notre quatrième est au ciel depuis deux ans. François-Loïs est parti le 21 février 2024 d’un cancer, après avoir porté pendant plusieurs années une sclérose en plaques qui s’était manifestée pour la première fois lorsqu’il avait 29 ans. Il a beaucoup souffert, mais cette souffrance n’a jamais effacé ce qu’il était profondément : un homme animé d’un immense désir de vivre, d’aimer et d’évangéliser.
Il aimait la fête, les repas, les discussions, les livres. Il lisait énormément et avait écrit un roman, Maresia [éditions du Rocher, sept. 2023]. Ce livre avait reçu de très belles critiques dans plusieurs journaux, mais il n’a pas eu le temps d’en assurer la véritable promotion. Pourtant, ce roman disait déjà quelque chose de son chemin intérieur. « Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture, je me suis dit en souriant que certaines de nos amies versaillaises n’allaient pas forcément apprécier le ton du livre ». Cependant, derrière cette apparence de roman policier, il y avait autre chose : une véritable quête de rédemption. « C’est un roman qui, si on creuse bien, parle de la rédemption. »

Il avait une soif d’absolu très forte et, même lorsqu’il traversait des périodes plus compliquées dans sa foi, cette recherche demeurait présente. Comme beaucoup de jeunes, il avait connu une forme de pause spirituelle pendant l’adolescence, mais il disait ensuite qu’il enviait ceux qui découvrent la foi tardivement, parce qu’ils semblent brûler d’un feu nouveau.

.

« Moi, je rêve d’être comme ces nouveaux convertis qui découvrent la foi tardivement. J’ai envie d’avoir une foi brûlante. » Cette parole nous a beaucoup marqués parce qu’elle l’habitait réellement. Il ne voulait pas simplement croire ; il voulait que toute sa vie soit traversée par cette foi.

Maresia, Roman de François-Loïs Gauthier aux éditions du Rocher, sept. 2023.
Maresia, Roman de François-Loïs Gauthier aux éditions du Rocher, sept. 2023.

« Sa maladie l’avait adopté, et il avait adopté sa maladie »

La sclérose en plaques l’avait profondément freiné, notamment dans son désir de fonder une famille. Nous pensons que cela a été son plus grand regret, même s’il ne s’est jamais laissé enfermer dans l’amertume. Cette réalité faisait partie de sa vie, vie qu’il acceptait telle qu’elle était. Comme le soulignait l’abbé de Maistre lors de son homélie funéraire, François-Loïs avait formulé trois “oui” à la vie : oui à la vie, oui à sa vie et oui à la Vie éternelle. Jusqu’à ses dernières semaines, il rédigeait chaque soir dans un petit carnet, “cinq occasions de rendre grâce”.
Carnets qu’il appelait ses « carnets de gratitude ».

Il nous avait dit un jour quelque chose qui nous est resté : sa maladie l’avait adopté, et lui-même avait adopté sa maladie. Cette phrase résume assez bien la manière dont il a traversé les années de souffrance. Bien sûr, les traitements étaient lourds et les nombreux médicaments modifiaient parfois son humeur. Et ses sautes d’humeur le perturbaient, mais il gardait malgré tout une forme de lucidité et d’humour sur lui-même.

Lorsque le cancer s’est déclaré en 2023, nous avons eu le sentiment que sa foi s’était encore approfondie. Il était déjà croyant, mais quelque chose s’est comme densifié intérieurement. Sa relation au Christ est devenue plus simple, plus directe, plus radicale aussi. Lui qui défendait déjà fortement la dignité de toute vie humaine parlait très clairement contre l’euthanasie. Pour lui, ce débat révélait souvent le regard des forts sur les faibles. Il disait que ceux qui se pensent aujourd’hui du côté des forts oublieront peut-être qu’un jour eux aussi deviendront vulnérables.

Cette conviction n’était pas théorique. Elle venait de son expérience concrète de la dépendance, de la souffrance physique et de la fragilité. Pourtant, il ne se présentait jamais comme une victime. Même dans les périodes les plus difficiles, il gardait un étonnant dynamisme et une énergie que beaucoup relevaient autour de lui.

Une maladie traversée dans une immense chaîne de prière

Il a commencé une première chimiothérapie le Vendredi saint 2023 et très vite une véritable solidarité s’est organisée autour de lui. Ses amis se relayaient sans cesse pour l’accompagner à l’hôpital, pour organiser les déplacements entre Pompidou, où il était suivi pour le cancer, et Foch, où il l’était pour la sclérose en plaques. Ils priaient avec lui, veillaient sur lui, s’occupaient aussi de choses très concrètes et formaient autour de lui une présence extrêmement forte.

Il les appelait « ses anges gardiens », et ce n’était pas une formule pieuse. Nous avons vraiment eu le sentiment qu’ils avaient été pour lui des anges gardiens sur terre. Même son oncologue nous avait conseillé de ne pas venir bouleverser cet équilibre en nous installant auprès de lui. Il nous avait dit : « Je commence à bien connaître François-Loïs. Laissez-le avec son réseau d’amis. C’est avec eux qu’il va traverser cela. »

« Il appelait ses amis ses anges gardiens. »

Nous gardons une immense reconnaissance pour cet oncologue qui a été remarquable de délicatesse et d’humanité. Nous pouvons même dire aujourd’hui quelque chose qui paraîtra peut-être difficile à entendre pour certains parents : cette période a été, malgré tout, une période bénie. Nous avons été portés par des médecins qui n’étaient probablement pas croyants pour la plupart, mais qui savaient se tenir au plus près de la souffrance physique et morale de notre fils. Cela nous a profondément marqués. « On se dit que la foi n’est jamais loin, même quand on croit que l’on ne croit en rien. »

François-Loïs lui-même était émerveillé par cette attention. Il avait gardé un positivisme étonnant et il remontait souvent le moral des équipes soignantes lorsque certaines personnes entraient dans sa chambre avec des paroles maladroites ou trop compassionnelles. Il s’en amusait et répondait avec sa manière très personnelle d’évangéliser.

Son grand plaisir, disait-il, était de « brancher un catho sur un non-catho ». Il aimait créer des liens entre les gens, provoquer des rencontres, rapprocher des personnes qui partageaient, ou non, la même foi. En réalité, ce qui le caractérisait peut-être le plus profondément, c’était son amour des autres.

« Il fallait que tout se joue dans la confiance »

À l’automne 2023, la chimiothérapie avait donné des résultats tellement encourageants que nous avons presque cru, naïvement peut-être, qu’il était guéri. Puis, autour de Noël, le cancer a migré extrêmement rapidement et tout s’est accéléré en quelques semaines.

Lorsque nous sommes arrivés à Pompidou un vendredi en fin de matinée, son oncologue nous a expliqué que, sauf retournement très rapide de la situation, il restait probablement quelques heures ou un ou deux jours au maximum. Finalement, une légère amélioration s’est produite et il a pu être transféré en soins palliatifs. Ce passage a été très important pour lui comme pour nous. Pendant huit ou neuf jours, ses amis se sont relayés presque continuellement avec nous. De neuf heures du matin jusqu’au soir, le chapelet était prié dans sa chambre ou dans le salon des familles situé juste à côté. Il souhaitait que les traitements antidouleur restent aussi légers que possible afin de conserver sa conscience, ses capacités intellectuelles et la possibilité de continuer à parler, réfléchir et prier.

Photo : François-Loïs – janvier 2024 – lors d’un séjour à l’hôpital. Archives familiales (droits réservés).

Peu à peu, nous avons tous compris qu’il allait mourir, et lui aussi a dû traverser ce combat spirituel. Des prêtres amis venaient le voir quotidiennement. Il y avait autour de lui une atmosphère extrêmement fervente, mais sans agitation. Tout se faisait dans une grande paix intérieure. « Il fallait que tout se joue dans la confiance. » Au fond, nous avons eu le sentiment qu’il lui fallait ce temps-là. S’il était mort brutalement, quelque chose aurait été interrompu. Au contraire, ces derniers jours lui ont permis d’achever un chemin, de mettre certaines choses à zéro, comme il le disait lui-même, et de se préparer intérieurement.

« Ô âme, tu peux remonter vers ton Créateur »

François-Loïs est mort pendant que l’abbé de Maistre récitait la prière de recommandation de l’âme. Son dernier souffle est arrivé exactement au moment où le prêtre prononçait ces mots : « Ô âme, tu peux remonter vers ton Créateur. » Nous avons perdu notre fils, mais il est parti dans des conditions d’une grande ferveur. Au moment de sa mort, une dizaine d’amis priaient dans le salon voisin et il existait autour de lui une présence humaine et spirituelle extrêmement forte. Cela demeure pour nous quelque chose d’inestimable.

Bien sûr, perdre un enfant reste une épreuve extrêmement lourde, même lorsqu’il a 37 ans. Nous sommes croyants, pratiquants, nous prions beaucoup, mais cela ne signifie pas que nous nous levons chaque matin dans la joie. Il existe une souffrance qui demeure et nous ne pensons pas qu’elle disparaisse complètement un jour. Cependant, nous découvrons progressivement qu’il est possible de souffrir avec le Christ plutôt que seuls dans notre douleur. François-Loïs n’a pas souffert seul ; nous croyons profondément que le Seigneur souffrait avec lui. Et aujourd’hui encore, nous faisons l’expérience que nous ne sommes pas abandonnés dans ce deuil. Nous sommes portés par notre propre prière, mais aussi par celle des autres.

Le deuil d’un fils change
le regard sur la mort

Nous connaissions déjà Montligeon avant sa mort. Nous y avions vécu de belles sessions et de grands moments. Quinze jours avant cette semaine consolation deuil, nous étions revenus pour célébrer son deuxième anniversaire au ciel. Nous l’avons inscrit à la Fraternité Notre-Dame de Montligeon, puis cela nous a donné le désir d’y inscrire également nos parents et d’autres personnes qui nous sont chères. Ce lieu est devenu, d’une certaine manière, notre lieu. Nous pensons à François-Loïs du matin au soir et des milliers de fois dans la journée ; pourtant, bien qu’absent, il n’a jamais été aussi présent.


À Montligeon, cette présence devient presque plus intense. Il y a ici une paix particulière, une paix dans la prière, mais aussi une expérience du deuil partagée avec d’autres familles qui traversent des épreuves semblables. On trouve des paroles, des gestes, des lieux où l’on sent une consolation différente. Nous ne nous posions pas énormément de questions sur le purgatoire auparavant, mais les enseignements reçus ici ont confirmé une intuition que nous portions déjà : François-Loïs a probablement vécu sur terre un temps de purification extrêmement fort. Lui-même disait souvent qu’il fallait « remettre les compteurs à zéro » avant de mourir et profiter du temps qui restait pour se préparer.

Avec le recul, nous avons vraiment le sentiment que ces quelques jours supplémentaires lui ont été donnés pour cela, et aussi pour nous.

« La joie, la foi, la croix »

Il y a quelque chose d’étrange dans ce que nous vivons aujourd’hui : normalement, ce sont les parents qui transmettent un héritage à leurs enfants, mais nous avons le sentiment que c’est maintenant notre fils qui nous laisse un héritage. Il le laisse à ses frères et sœur, à ses neveux et nièces, à ses amis, et bien sûr à nous-mêmes.

Depuis le début de sa vie au ciel, nous avons l’impression qu’il nous tend la main et que notre propre rapport à la mort s’est transformé. Avoir un enfant qui nous précède au ciel change profondément la manière de regarder l’avenir. Nous ne savons ni quand ni comment viendra notre tour, mais nous savons qu’il nous tend la main.

Lorsque nous pensons à lui, trois mots nous viennent spontanément : la joie, la foi et la croix. Pendant longtemps, nous nous sommes demandé dans quel ordre les placer. Aujourd’hui, nous croyons que c’est la joie qui l’a conduit vers la foi, puis la foi qui l’a conduit vers la croix.

Nous avons tous vocation à rejoindre ceux qui nous ont précédés. Certains rejoignent leurs parents ; d’autres, plus douloureusement peut-être, rejoignent un enfant. Pourtant, nous avançons toujours vers l’avant. Nous continuons notre route dans la communion des saints, unis à ceux qui ont quitté cette vie terrestre mais qui vivent désormais auprès de Dieu.

Les sessions deuil en 2026

Chaque année, le sanctuaire propose cinq haltes Réconfort Deuil et deux semaines Consolation deuil. Ces sept sessions annuelles permettent aux endeuillés de retrouver l’Espérance et du réconfort après la mort d’un proche.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *